Rapport entre cancer de la prostate et anticoagulants
Les anticoagulants sont indiqués pour traiter et prévenir les événements thromboemboliques veineux (TEV) chez les patients atteints de cancer de la prostate, mais ils n'ont PAS d'effet protecteur contre le développement du cancer de la prostate lui-même.
Anticoagulation pour les TEV chez les patients avec cancer de la prostate
Les patients atteints de cancer de la prostate présentent un risque accru d'événements thromboemboliques, particulièrement lors de la radiothérapie combinée à la privation androgénique 1. Pour le traitement des TEV établis, privilégiez les HBPM (héparines de bas poids moléculaire), l'édoxaban, le rivaroxaban ou l'apixaban pendant au moins 6 mois 2.
Algorithme de traitement initial:
- Anticoagulation initiale (5-10 jours): HBPM préférée à l'héparine non fractionnée, sauf insuffisance rénale sévère (clairance créatinine < 30 mL/min) 2
- Anticoagulation à long terme: HBPM, édoxaban, rivaroxaban ou apixaban pour minimum 6 mois 2, 3
- Au-delà de 6 mois: Poursuivre l'anticoagulation chez les patients avec cancer actif, maladie métastatique ou sous chimiothérapie 2
Les données spécifiques au cancer de la prostate montrent que plus de 9 mois d'anticoagulation réduisent le risque de récidive d'embolie pulmonaire, avec des taux de saignements majeurs acceptables (0,9-3,0% à 1 an) 4.
Considérations importantes:
- Les TEV incidentels doivent être traités de la même manière que les TEV symptomatiques 2
- Les thromboses veineuses profondes distales et proximales nécessitent une anticoagulation 3
- Le risque de thrombose veineuse profonde est significativement augmenté avec la privation androgénique 1
Gestion avec l'abiratérone
Pour les patients sous abiratérone nécessitant une anticoagulation, des algorithmes de gestion spécifiques existent pour éviter les interactions médicamenteuses en cas de fibrillation auriculaire, TEV ou valves cardiaques mécaniques 5.
Absence d'effet préventif sur le cancer
Les anticoagulants ne doivent PAS être utilisés pour améliorer la survie chez les patients cancéreux sans TEV 2. Les études suggérant un effet protecteur de la warfarine contre le développement du cancer de la prostate sont biaisées par une détection réduite: les cliniciens effectuent moins de biopsies prostatiques chez les hommes anticoagulés, créant une apparence trompeuse de protection 6, 7.
Pièges à éviter:
- Ne pas prescrire d'anticoagulants dans l'espoir de prévenir ou traiter le cancer de la prostate
- Ne pas omettre le dépistage ou les biopsies prostatiques nécessaires chez les patients anticoagulés
- Évaluer régulièrement le risque thromboembolique, particulièrement lors de l'initiation d'une thérapie systémique ou d'une hospitalisation 2
Surveillance
Aucune prophylaxie anticoagulante systématique n'est recommandée chez les patients avec cancer de la prostate sans TEV établi 2. Cependant, une évaluation du risque thromboembolique doit être effectuée initialement et périodiquement, en utilisant le score de Khorana pour les patients ambulatoires sous thérapie systémique 2.