Critères diagnostiques de la dépression
Le diagnostic de dépression majeure nécessite au moins 5 symptômes présents pendant au moins 2 semaines, incluant obligatoirement soit une humeur dépressive, soit une perte d'intérêt ou de plaisir (anhédonie), accompagnés d'au moins 4 autres symptômes parmi les suivants : changements d'appétit, troubles du sommeil, agitation ou ralentissement psychomoteur, fatigue, sentiments de dévalorisation ou de culpabilité, difficultés de concentration, et idées suicidaires. 1
Critères diagnostiques selon le DSM
Le diagnostic repose sur les critères du DSM-5 et nécessite 1, 2:
Durée minimale : Les symptômes doivent persister pendant au moins 2 semaines 1, 3
Nombre de symptômes : Au moins 5 symptômes doivent être présents 1
Symptômes cardinaux obligatoires : Au moins un des deux symptômes suivants doit être présent 2:
- Humeur dépressive (tristesse, désespoir) la plupart du temps, presque tous les jours
- Anhédonie (perte d'intérêt ou de plaisir dans les activités habituelles)
Symptômes associés (au moins 4 parmi les suivants) 1, 3:
- Changements d'appétit (augmentation ou diminution)
- Troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie)
- Agitation ou ralentissement psychomoteur
- Fatigue ou perte d'énergie
- Sentiments de dévalorisation ou de culpabilité excessive
- Difficultés de concentration ou ralentissement de la pensée
- Idées suicidaires ou tentatives de suicide
Retentissement fonctionnel : Les symptômes doivent interférer avec le fonctionnement quotidien normal 3
Outils d'évaluation diagnostique
Entretiens structurés pour le diagnostic
Les outils suivants permettent d'établir le diagnostic selon les critères DSM 2, 1:
- Mini International Neuropsychiatric Interview (MINI) 2, 1
- Structured Clinical Interview for DSM (SCID) 2
- Schedule for Affective Disorders and Schizophrenia 2
Questionnaires de dépistage rapide
Deux questions simples peuvent être aussi efficaces que des instruments plus longs pour le dépistage initial 2:
- "Au cours des 2 dernières semaines, vous êtes-vous senti(e) triste, déprimé(e) ou désespéré(e)?"
- "Au cours des 2 dernières semaines, avez-vous ressenti peu d'intérêt ou de plaisir à faire les choses?"
Un résultat positif à ces questions nécessite une évaluation diagnostique complète utilisant les critères DSM 2.
Échelles d'évaluation de la sévérité
Une fois le diagnostic établi, plusieurs échelles permettent d'évaluer la sévérité 2, 1:
Patient Health Questionnaire-9 (PHQ-9) : Auto-questionnaire de 9 items basé sur les critères DSM-IV 2, 1
Hamilton Depression Rating Scale (HAM-D) : Échelle administrée par le clinicien, version 17 items 2, 1
- Score 7-17 : dépression légère
- Score 18-24 : dépression modérée
- Score ≥25 : dépression sévère 2
Montgomery-Åsberg Depression Rating Scale (MADRS) : Échelle de 10 items privilégiée pour les essais cliniques car plus sensible aux changements 2, 1
Quick Inventory of Depressive Symptomatology Self-Report (QIDS-SR) : Auto-questionnaire recommandé en complément du MADRS 2, 1
Il est recommandé d'utiliser à la fois une échelle administrée par le clinicien (MADRS) et une échelle auto-rapportée (QIDS-SR) pour une évaluation complète 2.
Éléments à rechercher lors de l'évaluation
Exclusion des causes secondaires
Avant de poser le diagnostic de dépression majeure, il faut éliminer 2:
- Causes médicales : Douleur non soulagée, fatigue, infections, déséquilibres électrolytiques 2
- Delirium : Confusion aiguë pouvant mimer la dépression 2
- Médicaments : Certains traitements peuvent induire des symptômes dépressifs 2
- Troubles psychiatriques comorbides : Anxiété, trouble panique, abus de substances 2
Évaluation du risque suicidaire
Tout patient présentant un risque d'automutilation ou de danger pour autrui doit être référé immédiatement pour une évaluation d'urgence 2.
Populations particulières nécessitant une attention spéciale
Certaines présentations cliniques compliquent l'évaluation 2:
- Patients avec déficits cognitifs : Peuvent ne pas reconnaître ou rapporter leurs symptômes 2
- Patients aphasiques : Difficultés réceptives et/ou expressives posent un défi diagnostique unique 2
- Patients avec affect plat ou discours aprosodie : Peuvent être causés par des changements organiques plutôt que par la dépression 2
Dans ces cas, l'évaluation doit inclure plusieurs sources d'information : auto-évaluation du patient, observation du comportement, informations des membres de la famille connaissant l'état prémorbide, et rapports du personnel sur les changements de comportement, motivation et réactivité émotionnelle 2.
Comorbidités fréquentes
50 à 60% des personnes avec un trouble dépressif majeur présentent un trouble anxieux comorbide, l'anxiété généralisée étant la plus fréquente 2. La pratique habituelle consiste à traiter d'abord la dépression 2.
Pièges courants à éviter
- Ne pas confondre les symptômes neurovégétatifs de la dépression (troubles du sommeil, diminution de l'appétit, fatigue) avec des symptômes médicaux non psychiatriques, particulièrement chez les patients avec maladies chroniques 2
- Ne pas sous-diagnostiquer la dépression : Elle est fréquemment non reconnue par les médecins non psychiatres, avec jusqu'à 50% des patients déprimés non identifiés en soins primaires 2
- Ne pas négliger l'évaluation de la sévérité : Utiliser des échelles validées pour quantifier la sévérité et guider le traitement 1
- Ne pas oublier d'évaluer systématiquement le risque suicidaire lors de chaque évaluation 2