Quand demander la calprotectine fécale
La calprotectine fécale doit être demandée dans trois situations cliniques principales : (1) chez les patients avec symptômes gastro-intestinaux bas de novo pour différencier les maladies inflammatoires de l'intestin (MICI) du syndrome de l'intestin irritable, (2) pour le suivi régulier des patients avec MICI en rémission (tous les 6-12 mois) ou avec maladie active (tous les 2-4 mois), et (3) chez les patients avec MICI symptomatiques pour guider l'ajustement thérapeutique sans recourir systématiquement à l'endoscopie. 1, 2, 3
Diagnostic initial : Différenciation MICI vs syndrome de l'intestin irritable
Patients avec nouveaux symptômes gastro-intestinaux bas
Chez les patients âgés de 16-40 ans avec nouveaux symptômes gastro-intestinaux bas (>4 semaines) où une MICI est suspectée, la calprotectine fécale est recommandée comme partie intégrante du parcours diagnostique. 2
Interprétation selon les seuils :
La calprotectine fécale a une valeur prédictive négative élevée pour les MICI, avec des niveaux normaux (<50 μg/g) permettant d'exclure efficacement une MICI chez les patients symptomatiques non diagnostiqués. 2
Suivi des patients avec MICI en rémission symptomatique
Fréquence de surveillance
Chez les patients avec MICI en rémission symptomatique, la calprotectine fécale doit être mesurée tous les 6-12 mois. 1, 3, 4
Chez les patients ayant récemment atteint la rémission symptomatique (dans les 1-3 mois suivant l'ajustement thérapeutique), un suivi plus rapproché tous les 3-6 mois est recommandé. 3, 4
Interprétation chez les patients asymptomatiques
Calprotectine <150 μg/g : Suggère une inflammation minimale et peut exclure de manière fiable une inflammation active 1, 3, 4
Calprotectine >150 μg/g avec rémission symptomatique soutenue : L'AGA suggère une réévaluation des biomarqueurs dans 3-6 mois comme alternative raisonnable à l'évaluation endoscopique, surtout si cette dernière a été réalisée récemment 1, 3
Si les biomarqueurs restent élevés lors de la réévaluation, une évaluation endoscopique est justifiée. 3
Une calprotectine élevée en l'absence de symptômes prédit une rechute future, permettant une intervention précoce. 2, 5
Patients avec MICI symptomatiques : Guidage de l'ajustement thérapeutique
Maladie de Crohn avec symptômes modérés à sévères
Chez les patients avec maladie de Crohn et symptômes modérés à sévères, l'AGA suggère d'utiliser une calprotectine fécale >150 μg/g pour confirmer l'inflammation active et guider l'ajustement thérapeutique, évitant ainsi l'évaluation endoscopique systématique. 1
Dans ce scénario à haute probabilité pré-test (80% de prévalence d'inflammation), la calprotectine >150 μg/g identifie correctement 648-704 patients sur 1000 avec inflammation endoscopique active, avec seulement 5,4% de faux positifs. 1
Maladie de Crohn avec symptômes légers
Chez les patients avec maladie de Crohn et symptômes légers avec calprotectine élevée (>150 μg/g), l'AGA suggère une évaluation endoscopique plutôt qu'un ajustement thérapeutique empirique. 1, 2
Chez les patients avec symptômes légers et calprotectine normale (<150 μg/g), une évaluation endoscopique est également suggérée car une proportion significative de patients symptomatiques avec calprotectine sous les seuils peuvent avoir une activité endoscopique. 1
Colite ulcéreuse symptomatique
- Les mêmes principes s'appliquent à la colite ulcéreuse, bien que les données montrent une certitude de preuve très faible pour tous les seuils de calprotectine dans les scénarios de probabilité intermédiaire. 1
Surveillance pendant le traitement actif
Chez les patients traités pour des symptômes actifs, une surveillance par biomarqueurs doit être effectuée tous les 2-4 mois. 1, 3, 4
L'absence de normalisation des biomarqueurs (ou des biomarqueurs persistamment élevés) chez les patients dont les symptômes se sont récemment résolus après le traitement initial suggère probablement une inflammation active et peut justifier un ajustement thérapeutique sans nécessiter d'évaluation endoscopique. 1
Situations post-chirurgicales
Chez les patients asymptomatiques avec maladie de Crohn après rémission induite chirurgicalement dans les 12 derniers mois, l'AGA suggère d'utiliser une calprotectine fécale <50 μg/g pour éviter l'évaluation endoscopique systématique de l'activité de la maladie. 1
La calprotectine fécale peut identifier les patients avec récurrence précoce et doit être vérifiée à 3 mois post-chirurgie et après la première endoscopie. 4
Considérations pratiques importantes
Technique de prélèvement
- La première selle du matin doit être utilisée de routine pour l'échantillonnage, avec conservation des échantillons pendant maximum 3 jours à température ambiante avant analyse. 2
Facteurs confondants
L'utilisation d'AINS dans les 6 semaines précédentes peut affecter les niveaux de calprotectine et doit être prise en compte lors de l'interprétation des résultats. 2
Les hémorroïdes peuvent causer de fausses élévations de la calprotectine fécale en raison de saignements locaux et d'inflammation. 2
La calprotectine fécale est élevée dans diverses conditions inflammatoires au-delà des MICI, incluant la gastroentérite infectieuse et le cancer colorectal. 2
Limites diagnostiques
La calprotectine fécale n'est pas suffisamment sensible pour exclure un adénome colorectal avancé ou un carcinome colorectal. 2
Les valeurs entre 50-250 μg/g peuvent être difficiles à interpréter car une élévation légère de la calprotectine peut être observée avec une inflammation non spécifique de bas grade. 2
Avantage de la surveillance par biomarqueurs
- Une étude randomisée contrôlée a démontré que l'ajustement thérapeutique basé sur les symptômes et les biomarqueurs versus les symptômes seuls augmente le risque d'atteindre la rémission clinique et endoscopique à 12 mois (RR 1,61, IC 95% 1,08-2,40), avec une certitude de preuve modérée. 1