Dépistage de laboratoire pour la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse
Pour le dépistage initial de la maladie de Crohn ou de la colite ulcéreuse, effectuez une formule sanguine complète, la protéine C-réactive (CRP), les électrolytes, les enzymes hépatiques, la fonction rénale, l'albumine sérique, la calprotectine fécale, et excluez obligatoirement les infections par cultures de selles et test de toxine de Clostridium difficile. 1
Tests de laboratoire essentiels au diagnostic initial
Le diagnostic de la maladie inflammatoire de l'intestin ne repose pas sur un seul test de référence, mais sur une combinaison d'évaluations cliniques, biochimiques, endoscopiques et histologiques 1. Les investigations de laboratoire suivantes sont obligatoires :
Analyses sanguines de base
Formule sanguine complète : Recherchez l'anémie (hémoglobine <13 g/dL chez les hommes, <12 g/dL chez les femmes), la leucocytose suggérant une complication infectieuse, et la thrombocytose indiquant une réponse inflammatoire chronique 1
Marqueurs inflammatoires : La CRP est le marqueur de choix car elle est plus sensible que la vitesse de sédimentation érythrocytaire (VSE) et corrèle mieux avec l'activité endoscopique de la maladie, particulièrement dans la maladie de Crohn 1
Électrolytes sériques : Essentiels pour évaluer les déséquilibres hydroélectrolytiques secondaires à la diarrhée 1
Enzymes hépatiques : Nécessaires car les maladies inflammatoires de l'intestin peuvent affecter la fonction hépatique 1
Albumine sérique : Un marqueur important du statut nutritionnel et du degré d'inflammation; l'hypoalbuminémie indique une maladie sévère ou chronique active 1
Fonction rénale : Doit être évaluée car les thérapies peuvent causer des anomalies rénales 1
Analyses des selles
Calprotectine fécale : C'est le marqueur non invasif le plus sensible de l'inflammation intestinale, utile pour sélectionner les patients nécessitant une investigation diagnostique et pour évaluer la sévérité de la maladie 1
Cultures de selles : Obligatoires pour exclure les pathogènes entéro-invasifs bactériens courants 1
Test de toxine de Clostridium difficile : Absolument obligatoire à chaque poussée de la maladie, car l'infection à C. difficile est associée à un risque significativement accru de colectomie et à une mortalité plus élevée 1
Examens parasitologiques : Recherchez les amibes ou Shigella chez les patients ayant des antécédents de voyage pertinents 1
Évaluations nutritionnelles spécifiques
Bilan martial : Chez les patients sans évidence clinique, endoscopique ou biochimique de maladie active, une ferritine sérique <30 μg/L indique une carence en fer; en présence d'inflammation, une ferritine jusqu'à 100 μg/L peut encore être compatible avec une carence en fer 1
Vitamine D : Le taux de vitamine D doit être évalué lors du diagnostic initial 1
Exclusion des infections lors des poussées
À chaque poussée de colite, répétez systématiquement les cultures de selles pour les infections bactérienne entéro-invasives et le test de C. difficile. 1 Chez les patients présentant une colite modérée à sévère, particulièrement ceux réfractaires aux corticostéroïdes, effectuez des biopsies coliques pour rechercher le cytomégalovirus (CMV) par coloration H&E et de préférence par immunohistochimie ou PCR tissulaire quantitative 1.
Marqueurs sérologiques : utilité limitée
Les marqueurs sérologiques comme les anticorps anti-cytoplasme des neutrophiles périnucléaires (pANCA) et les anticorps anti-Saccharomyces cerevisiae (ASCA) ont une précision diagnostique limitée et ne sont pas recommandés pour l'utilisation diagnostique de routine ou les décisions thérapeutiques 1. Les pANCA sont détectés chez jusqu'à 65% des patients atteints de colite ulcéreuse mais chez moins de 10% des patients atteints de maladie de Crohn 1.
Pièges courants à éviter
Ne pas se fier uniquement aux marqueurs inflammatoires normaux : Les tests de laboratoire peuvent être normaux dans la colite ulcéreuse légère ou modérée, particulièrement dans la proctite 1
Ne pas négliger l'exclusion infectieuse : Les causes infectieuses, en particulier C. difficile et CMV, doivent être systématiquement exclues avant d'intensifier le traitement immunosuppresseur 1
Interpréter la ferritine dans le contexte inflammatoire : En présence d'inflammation, une ferritine entre 30 et 100 μg/L suggère probablement une combinaison de carence en fer véritable et d'anémie de maladie chronique 1
Reconnaître les changements précoces dans la maladie de Crohn : Des changements significatifs dans l'albumine sérique, le volume corpusculaire moyen et le nombre de plaquettes peuvent être détectables jusqu'à 12 mois avant le diagnostic 2