Aménorrhée Secondaire : Diagnostic et Traitement
Définition et Approche Initiale
L'aménorrhée secondaire se définit comme l'absence de menstruations pendant plus de 6 mois chez une femme ayant déjà eu des cycles menstruels, et nécessite une évaluation systématique commençant obligatoirement par un test de grossesse. 1, 2
L'aménorrhée secondaire touche environ 3-4% des femmes dans la population générale. 1
Algorithme Diagnostique
Étape 1 : Exclusion de la grossesse
- Test de grossesse systématique - c'est la première étape absolue avant toute autre investigation 1, 2, 3
Étape 2 : Bilan hormonal initial
Dosages sériques à réaliser simultanément :
- FSH et LH - pour différencier les causes hypothalamo-hypophysaires des causes ovariennes 1, 2
- Prolactine - l'hyperprolactinémie représente environ 20% des cas 1, 2
- TSH - les dysfonctions thyroïdiennes (hypo et hyperthyroïdie) sont des causes fréquentes 1, 2
Étape 3 : Échographie pelvienne
- Évaluation de la morphologie ovarienne polykystique (≥20 follicules de 2-9mm par ovaire ou volume ovarien >10ml) 2
- Recherche d'anomalies utérines 1, 2
Étape 4 : Test à la progestérone
Principales Étiologies et Leur Identification
Aménorrhée Hypothalamique Fonctionnelle (AHF) - 20-35% des cas
L'AHF est caractérisée par une FSH et LH basses/normales, un test à la progestérone négatif, et la présence de facteurs déclenchants identifiables. 1, 2
Facteurs déclenchants à rechercher systématiquement :
- Perte de poids ou IMC bas 1, 2
- Exercice physique excessif (jusqu'à 66% des athlètes féminines) 4, 1
- Stress psychologique important 1, 2
- Restriction calorique ou déficit énergétique 4, 1
Point critique : L'aménorrhée chez les athlètes ne doit jamais être acceptée comme une conséquence inévitable de l'entraînement si elle persiste plus de 3 mois. 4
Syndrome des Ovaires Polykystiques (SOPK)
Le SOPK est l'une des causes les plus fréquentes d'aménorrhée secondaire. 1, 3
Caractéristiques diagnostiques :
- Ratio LH:FSH >2 suggère fortement un SOPK 1, 2
- Morphologie ovarienne polykystique à l'échographie 1
- Hyperandrogénie (dosage des androgènes si suspicion) 2
Hyperprolactinémie - 20% des cas
Signes évocateurs :
- Galactorrhée possible (mais pas systématique) 1
- Prolactine sérique élevée 1
- Nécessite une imagerie hypophysaire si confirmée 1
Insuffisance Ovarienne Prématurée (IOP)
Profil hormonal caractéristique :
- FSH et LH élevées 1
- Ces patientes peuvent maintenir une fonction ovarienne imprévisible et ne doivent pas être présumées infertiles 3, 5
Entité Particulière : AHF-PCOM (40-47% des femmes avec AHF)
Cette entité combine les caractéristiques de l'AHF et de la morphologie ovarienne polykystique, et est fréquemment confondue avec le SOPK. 1, 2
Critères de différenciation avec le SOPK :
- Présence de facteurs déclenchants typiques de l'AHF (restriction calorique, exercice excessif) 1, 2
- Test à la progestérone négatif (contrairement au SOPK) 1, 2
- LH basse ou normale (pas de ratio LH:FSH élevé) 1, 2
- IMC généralement plus bas 1
- Absence de signes d'hyperandrogénie franche 1
Traitement par Étiologie
Aménorrhée Hypothalamique Fonctionnelle
Le traitement de première ligne de l'AHF est l'optimisation de la disponibilité énergétique, pas la supplémentation hormonale. 4
Approche thérapeutique :
- Correction du déficit énergétique - augmentation de l'apport calorique pour atteindre >30 kcal/kg de masse maigre/jour chez les femmes 4
- Réduction de l'intensité de l'exercice si excessive 4, 6
- Prise en charge nutritionnelle par un diététicien spécialisé 4
- Gestion du stress psychologique 2, 6
Attention : Le retour des menstruations peut prendre plus de 6 mois malgré une prise en charge optimale. 4
Protection osseuse dans l'AHF
Les contraceptifs oraux combinés (COC) ne corrigent PAS la cause de l'AHF et ne protègent PAS contre la perte de densité minérale osseuse. 4
Pour la protection osseuse, privilégier :
- Œstradiol transdermique (patch de 100 μg de β-œstradiol) appliqué 2 fois par semaine 4
- Progestérone micronisée cyclique (200 mg) pendant 12 jours par mois 4
- Cette approche n'est pas contraceptive 4
Supplémentation additionnelle :
- Calcium 1000 mg/jour pour les femmes de 19-50 ans 4
- Vitamine D : 50 000 UI une fois par semaine pendant 8 semaines si déficiente (<50 nmol/L en hiver ou <75 nmol/L en été), puis 1500-2000 UI/jour en entretien 4
Syndrome des Ovaires Polykystiques
Objectifs thérapeutiques :
- Progestérone cyclique pour induire des saignements de privation réguliers 6
- Modifications du mode de vie pour réduire les risques métaboliques (intolérance au glucose, dyslipidémie) 3, 5
- Dépistage du syndrome métabolique 5
Hyperprolactinémie
- Traitement selon l'étiologie identifiée (adénome hypophysaire, médicaments, etc.) 1
- Suivi avec imagerie hypophysaire si indiqué 1
Dysfonction Thyroïdienne
- Correction de l'hypothyroïdie ou de l'hyperthyroïdie selon les résultats du bilan 1
Surveillance et Complications
Évaluation de la densité minérale osseuse
Indications pour une DXA scan : 4, 6
Risque élevé (≥1 critère) :
- Trouble alimentaire diagnostiqué selon DSM-V 4
- IMC ≤17,5 kg/m² ou <85% du poids estimé 4
- Perte de poids ≥10% en 1 mois 4
- Ménarche ≥16 ans 4
Risque modéré (≥2 critères) :
- Trouble alimentaire pendant ≥6 mois 4
- IMC entre 17,5 et 18,5 kg/m² 4
- Ménarche entre 15 et 16 ans 4
- Antécédent de fracture de stress 4
- Aménorrhée >6 mois 6
Fréquence de surveillance : DXA tous les 1-2 ans pour évaluer la perte osseuse continue et l'efficacité du traitement. 4
Risques à long terme
- Diminution de la densité osseuse et fractures de stress chez les patientes avec hypœstrogénisme prolongé 1, 6, 3
- Risque d'hyperplasie endométriale dans le SOPK non traité 7
- Risque de cancer de l'endomètre dans le SOPK 5
Pièges à Éviter
- Ne jamais présumer qu'une aménorrhée chez une athlète ou une adolescente stressée est bénigne - d'autres pathologies doivent être exclues 6
- Ne pas sous-estimer les troubles alimentaires - les adolescentes peuvent minimiser ou nier les comportements alimentaires perturbés 6
- Ne pas confondre AHF-PCOM avec SOPK - bien que l'AHF-PCOM remplisse les critères de Rotterdam (aménorrhée + ovaires polykystiques), le traitement est radicalement différent 1, 2
- Ne pas utiliser les COC pour traiter l'AHF en pensant protéger les os - ils masquent les symptômes sans corriger la cause et n'offrent pas de protection osseuse 4