Prise en charge des céphalées de tension avec dysfonction cervicale
Recommandation principale
Pour les céphalées de tension avec dysfonction cervicale, la physiothérapie ciblant la colonne cervicale constitue le traitement de première ligne, combinée à l'ibuprofène (400 mg) ou l'acétaminophène (1000 mg) pour les épisodes aigus, et l'amitriptyline pour la prévention si les céphalées sont fréquentes. 1, 2
Traitement aigu des épisodes
Pharmacothérapie pour les crises:
- L'ibuprofène 400 mg ou l'acétaminophène 1000 mg sont recommandés pour le traitement à court terme des épisodes de céphalées de tension 1, 3
- Limiter l'utilisation à moins de 2 jours par semaine pour éviter les céphalées par surutilisation médicamenteuse 1
- Les analgésiques simples ne doivent pas être utilisés plus de 15 jours par mois 1
Mise en garde importante: L'utilisation d'analgésiques plus de deux fois par semaine augmente le risque de progression vers des céphalées chroniques quotidiennes 4
Interventions non-pharmacologiques (traitement prioritaire)
Physiothérapie cervicale:
- La physiothérapie est recommandée pour la prise en charge des céphalées de tension, particulièrement en présence de dysfonction cervicale 1, 3
- Les interventions doivent cibler la colonne cervicale supérieure avec mobilisations ou manipulations 5
- Les interventions sur les tissus mous, incluant le traitement des points trigger myofasciaux, sont appropriées 5, 6
- Le dry needling peut être considéré pour traiter les points trigger cervicaux 5
Justification: Les patients avec céphalées de tension présentent fréquemment des douleurs cervicales concomitantes (90-100%), une sensibilité cervicale, une posture de tête antérieure, une amplitude de mouvement cervical limitée, et des dysfonctions du contrôle moteur cervical 5, 7. La palpation manuelle des articulations cervicales supérieures et des points trigger musculaires reproduit le pattern de douleur dans les céphalées de tension 5, 6.
Exercices:
- L'exercice aérobique ou l'entraînement progressif en force sont recommandés pour la prévention des céphalées de tension 1, 2, 3
- Les exercices ciblant la colonne cervicale doivent être intégrés au programme 5
Traitement préventif pharmacologique
Indications pour la prophylaxie:
- Deux attaques invalidantes ou plus par mois produisant une incapacité de 3 jours ou plus 2
- Utilisation d'analgésiques aigus plus de deux fois par semaine 2
Médicament de première ligne:
- L'amitriptyline est le traitement préventif de première ligne pour les céphalées de tension chroniques 2, 4
- C'est l'agent prophylactique le plus largement étudié pour les céphalées fréquentes 4
Alternatives si échec ou intolérance:
- La mirtazapine ou la venlafaxine peuvent être considérées en deuxième ligne 2
- Le valproate peut être envisagé comme option préventive alternative 3
Traitements à éviter:
- Les injections de toxine botulique ne sont PAS recommandées pour la prévention des céphalées de tension chroniques 2, 3
- La gabapentine n'est pas recommandée en raison du manque d'efficacité et du potentiel d'abus 3
Interventions procédurales
Bloc du nerf grand occipital:
- Peut être suggéré pour le traitement à court terme des céphalées avec une recommandation faible 1, 3
- Particulièrement pertinent lorsque la dysfonction cervicale supérieure est prédominante 8
Mise en garde: Il existe un manque de consensus et de preuves solides pour cette intervention 1
Algorithme de traitement
Étape 1 - Évaluation initiale:
- Confirmer le diagnostic et exclure les céphalées par surutilisation médicamenteuse 3
- Évaluer la présence de dysfonction cervicale: douleur cervicale, points trigger, mobilité segmentaire réduite (particulièrement C0-C1, C1-C2), posture de tête antérieure 5, 7, 6
- 90-100% des patients avec céphalées de tension présentent des douleurs cervicales concomitantes 7
Étape 2 - Traitement initial:
- Débuter la physiothérapie ciblant la colonne cervicale avec mobilisations/manipulations cervicales supérieures et traitement des tissus mous 1, 5
- Prescrire un programme d'exercices aérobiques ou de renforcement progressif 1, 2
- Optimiser le traitement aigu avec ibuprofène 400 mg ou acétaminophène 1000 mg, limité à <2 jours/semaine 1, 3
- Conseils sur le mode de vie: sommeil régulier, repas, hydratation, limitation de la caféine 1
Étape 3 - Si céphalées fréquentes (≥2 attaques invalidantes/mois):
- Ajouter l'amitriptyline comme prophylaxie 2
- Maintenir un journal des céphalées pour suivre la fréquence et l'utilisation des médicaments 2
- Prévoir 3-4 mois pour atteindre l'efficacité maximale 1
Étape 4 - Si échec de première ligne:
- Intensifier les interventions non-pharmacologiques (physiothérapie, exercices) 2
- Considérer la mirtazapine ou la venlafaxine 2
- Envisager un bloc du nerf grand occipital pour soulagement à court terme 1, 3
Étape 5 - Considérations spéciales:
- Évaluer les comorbidités psychiatriques et les troubles du sommeil qui peuvent affecter la réponse au traitement 3
- Rechercher et traiter les points trigger myofasciaux cervicaux qui reproduisent le pattern de céphalée 5, 6
Pièges cliniques à éviter
Surutilisation médicamenteuse:
- Les patients doivent être informés dès le départ du risque de céphalées par surutilisation avec l'usage d'analgésiques simples >15 jours/mois 1
- L'utilisation d'analgésiques plus de deux fois par semaine crée un risque de progression vers des céphalées chroniques quotidiennes 4
Sous-estimation du rôle cervical:
- La dysfonction cervicale est présente dans la grande majorité des cas de céphalées de tension (97% présentent au moins une anomalie de mobilité segmentaire de C1 à C7) 7
- Le cou représente une "composante" importante du pattern de douleur dans les céphalées de tension, même si ce n'est pas la "source" primaire comme dans les céphalées cervicogéniques 5
- 84-90% des patients ont des fixations majeures de C0 à C2 et des points sensibles dans la région cervicale supérieure 7, 6
Raisonnement clinique:
- Toutes les interventions physiques ne seront pas également efficaces pour tous les individus - un raisonnement clinique approprié est essentiel 5
- L'examen doit identifier les dysfonctions segmentaires spécifiques, les points trigger myofasciaux, et les anomalies posturales pour guider le traitement 7, 6