Prise en charge de l'intoxication sévère à l'éthanol
Pour une intoxication sévère à l'éthanol avec un niveau de 41,5 mmol/L (environ 191 mg/dL), la prise en charge repose principalement sur des soins de support intensifs visant à maintenir les fonctions vitales, avec l'hémodialyse réservée uniquement aux cas les plus graves présentant un coma profond, un choc réfractaire ou une défaillance respiratoire malgré un traitement conservateur optimal. 1
Évaluation initiale et stabilisation
Surveillance des fonctions vitales
- Assurer immédiatement la perméabilité des voies aériennes et la ventilation, car l'éthanol provoque une dépression respiratoire dose-dépendante pouvant évoluer vers l'arrêt cardiaque 2, 3
- Monitorer en continu les signes vitaux, l'état neurologique et l'équilibre acido-basique 3
- Effectuer un examen neurologique complet pour exclure un traumatisme crânien associé, fréquent dans ce contexte 3
Complications à rechercher systématiquement
- Hypoglycémie : corriger immédiatement car elle aggrave la dépression du système nerveux central 3
- Hypothermie : réchauffer progressivement le patient 3
- Troubles hydro-électrolytiques et acido-basiques : corriger selon les résultats biologiques 3
- Convulsions : traiter si présentes 3
- Dysfonction gastrique sévère : surveiller et traiter 3
Traitement spécifique
Métadoxine
- La métadoxine est le seul médicament spécifique utile dans l'intoxication aiguë à l'éthanol, car elle accélère le métabolisme et l'élimination de l'éthanol 2, 4
- Administrer dès que possible pour réduire la durée de l'intoxication 4
Hémodialyse : indications strictes
L'hémodialyse ne doit être envisagée que dans les situations suivantes 1:
- Coma profond persistant malgré les soins de support
- Choc réfractaire nécessitant vasopresseurs et inotropes
- Défaillance respiratoire nécessitant une ventilation mécanique
- Absence d'amélioration après 4 heures de traitement conservateur optimal
Justification : Un cas documenté a montré qu'une patiente avec un taux d'éthanol de 136,5 mmol/L (bien supérieur à 41,5 mmol/L) n'a vu son taux diminuer que de 16% après 4 heures de traitement conservateur, nécessitant finalement une hémodialyse qui a permis une récupération rapide de la conscience 1. Cependant, l'hémodialyse reste une intervention exceptionnelle réservée aux cas les plus graves.
Pièges à éviter
Interactions médicamenteuses dangereuses
- Ne jamais utiliser de naloxone, flumazénil ou autres antagonistes de récepteurs : les tentatives de bloquer les récepteurs opioïdes ou benzodiazépiniques affectés par l'éthanol se sont révélées inefficaces et potentiellement dangereuses 3
- Attention particulière aux patients sous disulfirame : ils peuvent développer une "réaction antabuse" sévère nécessitant l'administration immédiate de fer et de vitamine C par voie intraveineuse 3
Complications retardées
- Les effets toxiques de l'acétaldéhyde (métabolite de l'éthanol) sont responsables de la plupart des effets aigus et retardés 3
- Surveiller l'apparition de complications cardiovasculaires, gastro-intestinales et neurologiques qui peuvent se manifester après la phase initiale 5
Dépistage et orientation
Tout patient présentant une intoxication aiguë à l'éthanol doit être systématiquement dépisté pour un trouble de l'usage d'alcool sous-jacent 2, 4. L'intoxication aiguë représente un événement sentinelle justifiant: