La maladie de Lyme chronique : Existence et traitement
Réponse directe
Il n'existe aucune preuve biologique convaincante de l'existence d'une infection chronique symptomatique par Borrelia burgdorferi, et les antibiotiques prolongés ou répétés ne sont pas recommandés pour les symptômes persistants après un traitement approprié de la maladie de Lyme. 1
Clarification terminologique importante
Le terme "maladie de Lyme chronique" est vague et source de confusion. Les lignes directrices de l'Infectious Diseases Society of America distinguent deux situations distinctes :
Maladie de Lyme tardive (Late Lyme Disease)
- Il s'agit d'une infection active non traitée ou insuffisamment traitée avec des manifestations objectives (arthrite, encéphalopathie, neuropathie) 1
- Cette condition répond aux antibiotiques appropriés 1, 2
- Elle ne représente pas une "infection chronique persistante" mais plutôt une infection active tardive 1
Syndrome post-traitement de la maladie de Lyme (Post-Lyme Disease Syndrome)
- Symptômes subjectifs (fatigue, douleurs musculosquelettiques, plaintes cognitives) persistant ≥6 mois après un traitement antibiotique approprié 1
- Aucune manifestation objective à l'examen physique ou aux tests neuropsychologiques 1
- Nécessite une documentation préalable d'une infection confirmée par B. burgdorferi 1
Preuves contre l'infection chronique persistante
L'Infectious Diseases Society of America affirme clairement qu'il n'existe aucune preuve biologique convaincante d'une infection chronique symptomatique par B. burgdorferi. 1
Les études contrôlées ont démontré :
- B. burgdorferi n'a pas été retrouvé chez les patients avec arthrite persistante après traitement 1
- Les essais contrôlés randomisés n'ont montré aucun bénéfice soutenu des antibiotiques prolongés 1, 3
- Un effet placebo substantiel et des événements indésirables graves (sepsis sur cathéter, anaphylaxie) ont été documentés dans 7% des cas 1, 3
Traitement : Ce qui est recommandé et ce qui ne l'est pas
Traitement standard de la maladie de Lyme active
Pour la maladie précoce sans atteinte neurologique :
- Doxycycline 100 mg deux fois par jour (première ligne) 2
- Amoxicilline 500 mg trois fois par jour (enfants <8 ans, femmes enceintes) 2
- Durée : 14-21 jours 2
Pour les manifestations neurologiques :
- Ceftriaxone IV 2 g une fois par jour pendant 14-28 jours 2, 4
- Alternatives : céfotaxime IV ou pénicilline G 2
Ce qui n'est PAS recommandé
L'Infectious Diseases Society of America recommande fortement contre :
- L'antibiothérapie prolongée au-delà des durées recommandées 1, 2
- Les cures répétées d'antibiotiques pour symptômes subjectifs persistants 1
- Les schémas pulsés ou les combinaisons d'antimicrobiens 2
- Les fluoroquinolones, céphalosporines de première génération, carbapénèmes, vancomycine, métronidazole 2
Évolution naturelle des symptômes post-traitement
Les symptômes subjectifs après traitement sont fréquents mais diminuent avec le temps :
Cette résolution progressive reflète probablement la résolution lente d'un processus inflammatoire plutôt qu'une infection persistante 1
Pièges cliniques à éviter
Tests non validés : Ne jamais utiliser les tests d'antigène urinaire ou la microscopie sanguine pour détecter Borrelia 1
Sérologie persistante : Les anticorps peuvent rester positifs pendant des mois ou années après un traitement réussi et ne doivent pas être interprétés comme une infection active 2
Diagnostic différentiel : Certains patients répondent aux critères de fibromyalgie (prévalence de 2% dans la population générale), qui peut coexister ou être déclenchée par la maladie de Lyme 1
Co-infections : Considérer Babesia microti ou Anaplasma phagocytophilum chez les patients avec symptômes persistants malgré un traitement approprié 2
Gestion des symptômes persistants
Pour les patients avec symptômes subjectifs sans manifestations objectives :
- Aucun antibiotique supplémentaire n'est indiqué 1, 2
- Rechercher d'autres causes : troubles du sommeil, troubles endocriniens, maladies auto-immunes, dépression 1
- Exclure les conditions qui miment les symptômes post-Lyme 1
- Prise en charge symptomatique et soutien 5, 6
L'amélioration clinique, et non les tests de laboratoire, est l'indicateur le plus fiable du succès thérapeutique. 2