Oui, la gastrectomie partielle cause fréquemment une carence en fer
La gastrectomie partielle est une cause bien établie de carence en fer, affectant environ la moitié des hommes et presque toutes les femmes après l'intervention. 1
Mécanismes physiopathologiques
La carence en fer après gastrectomie partielle résulte de plusieurs mécanismes interconnectés :
Réduction de l'absorption duodénale et jéjunale proximale : Ces segments sont les sites principaux d'absorption du fer, et leur bypass ou leur exposition réduite au contenu gastrique diminue l'absorption 2, 3
Diminution de la sécrétion d'acide gastrique : L'acide gastrique est essentiel pour libérer le fer des aliments et le convertir en formes absorbables 2
Vidange gastrique rapide : Le contenu gastrique traverse rapidement le segment résiduel, réduisant le temps de contact pour l'absorption 4
Pertes sanguines potentielles : Les ulcères anastomotiques peuvent causer des pertes sanguines occultes 2, 3
Prévalence et évolution temporelle
L'incidence de la carence en fer augmente progressivement après la chirurgie :
- 24,5% à 3 mois post-opératoire 5
- 37,1% à 48 mois post-opératoire 5
- Sans supplémentation, la prévalence continue d'augmenter pendant les 10 premières années post-opératoires 1
Les femmes présentent un risque significativement plus élevé que les hommes, avec des taux de carence atteignant 52% à 48 mois versus 31% chez les hommes 5
Évaluation diagnostique obligatoire
Attention : Ne pas attribuer automatiquement la carence en fer à la chirurgie antérieure sans exclure d'autres causes, particulièrement chez les patients à risque de malignité gastro-intestinale 1
Effectuer une œsophago-gastro-duodénoscopie pour exclure les ulcères anastomotiques et le cancer du moignon gastrique (risque accru après gastrectomie partielle) 1, 2
Mesurer la ferritine sérique, l'hémoglobine et la saturation de la transferrine 1, 5
Évaluer également la vitamine B12 et les folates, car les carences multiples sont fréquentes et peuvent se masquer mutuellement 6
Stratégie thérapeutique
Supplémentation orale en première intention
Sulfate ferreux 200 mg, fumarate ferreux 210 mg, ou gluconate ferreux 300 mg une fois par jour 2, 3
Pour les femmes menstruées : doubler la dose (deux fois par jour) pour fournir 100-140 mg de fer élémentaire quotidiennement 2, 3
Optimiser l'absorption : Prendre avec 80-500 mg de vitamine C à jeun, et espacer les suppléments de calcium d'au moins 2 heures 2, 3
Éviter les inhibiteurs de la pompe à protons lorsque possible, car ils réduisent davantage l'absorption du fer 2, 3
Fer intraveineux : indications précises
Le fer intraveineux devient nécessaire dans les situations suivantes 2, 3, 7 :
- Anémie ferriprive sévère (hémoglobine < 100 g/L)
- Échec de la ferritine à s'améliorer après un mois de supplémentation orale
- Intolérance au fer oral
- Malabsorption persistante malgré une supplémentation orale adéquate
Les options incluent le dextran de fer de faible poids moléculaire, le sucrose de fer, le ferumoxytol et la carboxymaltose ferrique 2
Surveillance à long terme
Surveillance tous les 3 mois pendant la première année après correction de la carence 1
Surveillance périodique à vie, car la prévalence augmente sans supplémentation continue 1, 2
Mesurer l'hémoglobine, la ferritine et la saturation de la transferrine régulièrement 2, 7
Pièges cliniques à éviter
La carence en fer peut masquer une carence concomitante en vitamine B12 ou en folates : Les anomalies morphologiques d'une carence peuvent être modifiées par la présence d'une autre carence 6. Une récupération hématologique complète peut nécessiter la correction de plusieurs carences simultanément 6
La supplémentation multivitaminique standard seule est insuffisante pour prévenir la carence en fer après gastrectomie 2