Étiologie de la douleur dorsale chez l'adulte
La douleur dorsale mécanique non spécifique représente plus de 85% des cas en soins primaires et constitue le diagnostic le plus probable en l'absence de drapeaux rouges. 1
Catégories étiologiques principales
Douleur dorsale mécanique non spécifique (>85% des cas)
- Origine myofasciale : douleur provenant des muscles paravertébraux, ligaments, et tissus mous périrachidiens 1, 2
- Douleur facettaire : provenant des articulations zygapophysaires 3, 2
- Douleur sacro-iliaque : dysfonction de l'articulation sacro-iliaque 3, 2
- Douleur discogénique : provenant du disque intervertébral sans hernie 3, 2
- Caractéristique clinique clé : aggravation avec l'activité, amélioration au repos 1
Douleur dorsale avec radiculopathie ou sténose spinale (environ 7% des cas)
Hernie discale avec radiculopathie (prévalence ~4%) 1:
- Sciatica avec douleur irradiant sous le genou dans une distribution dermatomale 4, 5
- Test de Lasègue : sensibilité 91%, spécificité 26% 4
- Test de Lasègue croisé : sensibilité 29%, spécificité 88% 4
- Histoire naturelle favorable : amélioration dans les 4 premières semaines chez la plupart des patients 6, 1
Sténose spinale (prévalence ~3%) 1:
- Claudication neurogène : douleur aux jambes aggravée par la marche, soulagée par la flexion antérieure 5
- Pseudoclaudication avec tension musculaire associée 1
Pathologies spécifiques sous-jacentes (environ 1-2% des cas)
Spondylarthrite ankylosante/axiale (0,3-5% des douleurs chroniques) 1:
- Âge <45 ans avec douleur chronique 1
- Raideur matinale >30 minutes s'améliorant avec le mouvement 1
- Aggravation au repos, amélioration avec l'activité (pattern inflammatoire) 1
Malignité vertébrale (prévalence 0,7%) 1:
- Antécédent de cancer : rapport de vraisemblance positif de 14,7 1
- Probabilité post-test augmente de 0,7% à 9% avec antécédent de cancer 1
- Âge >50 ans, perte de poids inexpliquée, absence d'amélioration après 1 mois 5
Fracture par compression vertébrale (prévalence 4%) 1:
- Ostéoporose ou utilisation de corticostéroïdes 6, 1
- Âge avancé, traumatisme significatif relatif à l'âge 5
Infection spinale (prévalence 0,01%) 1:
Syndrome de la queue de cheval (prévalence 0,04%) 1:
- Rétention urinaire (sensibilité 90%) 1, 4
- Incontinence fécale, anesthésie en selle 1, 4
- Déficits moteurs à plusieurs niveaux 1, 4
Approche diagnostique algorithmique
Étape 1: Recherche de drapeaux rouges nécessitant une évaluation urgente
Effectuer immédiatement une IRM si présence de 6:
- Déficits neurologiques progressifs ou sévères 6
- Rétention urinaire ou incontinence fécale 1, 4, 5
- Anesthésie en selle 1, 4
- Déficits moteurs à plusieurs niveaux 1, 4
Considérer une imagerie rapide si 5:
- Âge >50 ans avec antécédent de cancer 1, 5
- Fièvre avec facteurs de risque infectieux 1, 5
- Traumatisme avec facteurs de risque de fracture 1, 5
Étape 2: Classification clinique en l'absence de drapeaux rouges
Pattern mécanique (>85% des cas) 1:
- Douleur aggravée par l'activité, soulagée par le repos 1
- Pas de symptômes neurologiques radiculaires 1
- Examen neurologique normal 6
Pattern radiculaire (4-7% des cas) 1:
- Douleur irradiant sous le genou dans une distribution dermatomale 4, 5
- Tests de Lasègue positifs 4
- Déficits neurologiques focaux possibles 4
Pattern inflammatoire (0,3-5% des cas chroniques) 1:
- Âge <45 ans avec douleur chronique 1
- Raideur matinale >30 minutes 1
- Amélioration avec le mouvement, aggravation au repos 1
Étape 3: Stratégie d'imagerie
NE PAS obtenir d'imagerie de routine pour la douleur dorsale non spécifique 6, 5:
- L'imagerie systématique n'améliore pas les résultats cliniques 6
- Identifie de nombreuses anomalies radiographiques mal corrélées aux symptômes 6
- Peut conduire à des interventions inutiles 6, 5
Radiographie simple appropriée pour 6:
- Suspicion de fracture par compression chez patients à risque (ostéoporose, corticostéroïdes) 6
- Douleur persistant >1-2 mois malgré traitement conservateur sans symptômes radiculaires 6
IRM (préférée) ou TDM indiquée pour 6:
- Symptômes radiculaires persistants après 4 semaines ET candidat potentiel pour chirurgie ou injection épidurale 6
- Suspicion de sténose spinale symptomatique chez candidat chirurgical 6
- L'IRM est préférée car elle visualise mieux les tissus mous et n'expose pas aux radiations ionisantes 6, 4
Étape 4: Évaluation des facteurs psychosociaux
Les facteurs psychosociaux sont des prédicteurs plus puissants des résultats que les signes physiques ou la sévérité de la douleur 6, 4:
- Dépression 6
- Stratégies d'adaptation passives 6
- Insatisfaction professionnelle 6
- Niveaux élevés d'incapacité 6
- Litiges d'indemnisation 6
- Somatisation 6
Pièges courants à éviter
Ne pas commander d'IRM dans les 4-6 premières semaines sans drapeaux rouges 5:
- L'imagerie précoce identifie de nombreuses anomalies qui corrèlent mal avec les symptômes 6, 5
- Peut conduire à des interventions inutiles et potentiellement nuisibles 6
Ne pas négliger les causes inflammatoires chez les jeunes (<45 ans) 1:
- La raideur matinale prolongée suggère une spondylarthrite 1
- Le diagnostic précoce permet l'utilisation d'agents anti-TNF avec forte efficacité si durée de maladie <10 ans 1
Réévaluer les patients avec symptômes persistants après 1 mois 6:
- La plupart des patients avec douleur dorsale aiguë s'améliorent substantiellement dans le premier mois 6
- Réévaluation plus précoce appropriée pour douleur sévère, déficits fonctionnels, âge avancé, ou signes de radiculopathie 6
Éviter l'exposition aux radiations inutiles 6: