Diagnostic et traitement de la sciatique
Votre patient présente une sciatique (radiculopathie lombo-sacrée), et vous devez d'abord exclure les urgences neurologiques, puis traiter de manière conservatrice pendant 4-6 semaines avant d'envisager l'imagerie ou les interventions invasives.1
Évaluation initiale urgente
Drapeaux rouges à rechercher immédiatement
- Syndrome de la queue de cheval : rétention urinaire (sensibilité 90%), incontinence fécale, anesthésie en selle, faiblesse motrice bilatérale des membres inférieurs 2, 1
- Déficits neurologiques progressifs : faiblesse motrice à plusieurs niveaux, progression rapide des symptômes 2
- Infection vertébrale : fièvre, usage de drogues intraveineuses, infection récente 2
- Cancer : antécédents de cancer (ratio de vraisemblance positif 14,7), perte de poids inexpliquée (ratio 2,7), âge >50 ans (ratio 2,7), absence d'amélioration après 1 mois (ratio 3,0) 2
Si l'un de ces drapeaux rouges est présent, une IRM immédiate est indiquée.2, 1
Examen neurologique ciblé
Éléments diagnostiques essentiels
- Distribution de la douleur : douleur radiculaire descendant sous le genou dans la distribution du nerf sciatique (votre patient présente ce pattern) 1, 3
- Force musculaire par niveau :
- Déficits sensoriels : dans une distribution dermatomale 1, 3
Test de Lasègue (élévation de la jambe tendue)
- Sensibilité 91% mais spécificité seulement 26% pour hernie discale 1, 3
- Un test négatif n'exclut PAS la sciatique - le diagnostic repose sur la combinaison de la douleur radiculaire, des changements sensoriels dermatomaux et de la faiblesse motrice 3
- Test de Lasègue croisé : plus spécifique (88%) mais moins sensible (29%) 1, 3
Stratégie d'imagerie
Pas d'imagerie de routine en phase aiguë
L'imagerie de routine en sciatique aiguë sans drapeaux rouges n'améliore pas les résultats et peut conduire à des interventions inutiles.1
- IRM immédiate : uniquement pour déficits neurologiques sévères/progressifs ou syndrome de la queue de cheval suspecté 2, 1
- IRM différée (après 4-6 semaines) : pour symptômes persistants malgré traitement conservateur si le patient est candidat chirurgical 2, 1
- IRM préférée au scanner : meilleure visualisation des tissus mous, moelle vertébrale et canal rachidien sans radiation ionisante 2
Algorithme de traitement
Traitement de première ligne (0-4 semaines)
Informez le patient du pronostic généralement favorable : amélioration substantielle probable dans le premier mois.2
- Rester actif : plus efficace que le repos au lit 2, 1
- Options pharmacologiques :
- Éviter les corticostéroïdes systémiques 1
Traitement de deuxième ligne (4-6 semaines si persistance)
- Manipulation vertébrale 1
- Thérapie par l'exercice 1
- Acupuncture 1
- Massothérapie 1
- Thérapie cognitivo-comportementale 1
- Injections épidurales de stéroïdes : pour radiculopathie persistante 2, 1
Traitement de troisième ligne (symptômes réfractaires)
- Stimulation de la moelle épinière : pour douleur radiculaire persistante ne répondant pas aux autres thérapies 1
- Consultation chirurgicale : pour déficits neurologiques progressifs ou symptômes persistants après au moins 4 semaines de traitement conservateur 2, 1
- Discectomie : efficace à court terme, mais pas plus efficace que les soins conservateurs prolongés à long terme 4
Considération spéciale : Syndrome du piriforme
Si les symptômes ne correspondent pas à une radiculopathie typique, considérez le syndrome du piriforme avec injection de toxine botulique comme traitement adjuvant (bénéfice de 8-12 semaines).1
Histoire naturelle
La hernie discale lombaire avec radiculopathie s'améliore chez la plupart des patients dans les 4 premières semaines avec traitement non invasif.2, 5 Le cours clinique de la sciatique aiguë est généralement favorable, avec amélioration de la douleur et de l'incapacité dans les 2-4 semaines avec ou sans traitement 5.
Pièges à éviter
- Ne pas confondre douleur référée et douleur radiculaire : la vraie sciatique descend sous le genou dans une distribution nerveuse spécifique 4, 6
- Ne pas ordonner d'IRM précoce sans drapeaux rouges : cela n'améliore pas les résultats et augmente les coûts 2, 1
- Ne pas se fier uniquement au test de Lasègue : le diagnostic clinique repose sur l'ensemble du tableau (douleur radiculaire + déficits sensoriels/moteurs) 3
- Ne pas retarder l'IRM si déficits neurologiques progressifs : le retard diagnostique et thérapeutique est associé à de moins bons résultats 2