Oui, un TEP scan peut donner des faux positifs lors d'une infection urinaire sévère
Votre préoccupation est tout à fait justifiée : les infections et l'inflammation sont des causes bien établies de faux positifs au TEP scan, et une infection urinaire sévère peut absolument causer une captation hypermétabolique dans les ganglions lombo-aortiques et péri-rénaux. 1
Mécanismes des faux positifs infectieux
Les directives de l'EANM-SNMMI 2024 identifient clairement l'infection et l'inflammation comme causes majeures de faux positifs au 18F-FDG-PET, incluant spécifiquement les processus infectieux et granulomateux. 1 Le FDG s'accumule dans toute cellule métaboliquement active, pas seulement les cellules cancéreuses - cela inclut les cellules immunitaires activées lors d'infections. 1
Dans votre cas spécifique :
- Morganella morganii est un pathogène opportuniste associé à des infections complexes des voies urinaires et hépatobiliaires, avec un taux de mortalité élevé et une réponse inflammatoire systémique importante 2, 3
- Enterococcus faecalis cause fréquemment des infections urinaires compliquées chez les patients avec comorbidités, particulièrement en présence d'uropathie obstructive 4, 5
- Ces deux pathogènes ensemble constituent une infection sévère qui génère une réponse inflammatoire intense, précisément le type d'inflammation qui cause des faux positifs au TEP 1
Localisation anatomique cohérente avec l'infection
Les ganglions lombo-aortiques et la région de l'artère rénale droite sont exactement les zones de drainage lymphatique d'une infection urinaire sévère. 1 Cette distribution anatomique est plus compatible avec une réaction inflammatoire régionale qu'avec une récidive métastatique diffuse.
Les directives ACR 2021 confirment que les faux positifs au FDG-PET surviennent dans plus de 25% des examens oncologiques, avec 55,7% des lésions montrant une captation modérée à marquée par rapport au fond. 1 La spécificité du TEP n'est que de 78-79%, ce qui signifie qu'environ 1 résultat positif sur 5 est un faux positif. 1
Impact des antibiotiques sur la sensibilité du TEP
Contrairement à une idée reçue, les antibiotiques n'éliminent PAS les faux positifs au TEP scan. Une étude rétrospective de 5 ans sur 176 examens TEP-FDG pour recherche d'infection a démontré que 59% des vrais positifs concernaient des patients sous antibiothérapie appropriée, sans aucun faux négatif. 6
Cependant, les directives sur l'endocardite prothétique 2018 soulignent qu'une antibiothérapie prolongée peut réduire l'activité inflammatoire et potentiellement diminuer la captation du FDG, mais cela ne s'applique qu'après des périodes prolongées de traitement. 1 Dans votre cas, si l'infection était active au moment du TEP, la captation serait maximale.
Recommandations critiques avant traitement lourd
Il est absolument impératif d'obtenir une confirmation histologique avant d'initier un traitement oncologique lourd, particulièrement dans un contexte d'infection active. 7
Les directives de l'American Society of Clinical Oncology sont formelles : ne jamais assumer qu'une progression radiographique équivaut à une progression maligne, car les réactions immunitaires, les changements de type sarcoïdose, et les infections peuvent mimer une progression cancéreuse à l'imagerie. 7
Algorithme diagnostique recommandé :
Traiter d'abord l'infection urinaire de manière appropriée avec antibiothérapie ciblée pour Morganella morganii et Enterococcus faecalis 4, 3, 5
Répéter le TEP scan au moins 6 semaines après résolution complète de l'infection pour éviter les faux positifs liés à l'inflammation résiduelle 7
Si les anomalies persistent après traitement de l'infection, obtenir une confirmation tissulaire par biopsie guidée par TDM ou médiastinoscopie avant d'initier un traitement oncologique 7
Considérer une imagerie sérielle pour distinguer infection de malignité - les processus infectieux se résolvent avec traitement approprié, contrairement aux récidives malignes 7
Pièges critiques à éviter
Ne pas initier de chimiothérapie ou immunothérapie lourde sans confirmation histologique, surtout en présence d'infection active, car cela augmente significativement la toxicité et pourrait aggraver le pronostic 7
Ne pas se fier uniquement au TEP scan réalisé pendant une infection active - la spécificité de 78% signifie un taux de faux positifs de 22% 1
Ne pas ignorer le contexte clinique : une infection urinaire sévère à germes multiples avec ganglions dans la zone de drainage anatomique est hautement suspecte de faux positif 1
En résumé : Votre intuition clinique est correcte. Exigez une biopsie des ganglions suspects ou un TEP de contrôle après résolution complète de l'infection avant d'accepter un traitement oncologique lourd. 7