Douleur plantaire matinale et post-immobilisation : Approche diagnostique et thérapeutique
La douleur importante sous les pieds le matin ou après immobilisation évoque principalement une fasciite plantaire, qui nécessite un traitement conservateur initial comprenant des étirements réguliers (3-5 fois par jour), des modifications d'activité, et des AINS à court terme. 1, 2
Diagnostic différentiel prioritaire
La localisation et le timing de la douleur orientent le diagnostic :
- Douleur plantaire médiane aggravée au premier pas matinal : fasciite plantaire (cause la plus fréquente) 1, 2
- Douleur postérieure du talon : tendinite achilléenne ou bursite 1, 2
- Douleur latérale du talon : déformation de Haglund ou syndrome du sinus tarsien 1
- Douleur diffuse du talon : fracture de stress ou syndrome du coussinet plantaire 1
- Douleur avec brûlures ou picotements : origine neurologique nécessitant une référence immédiate 1
Éléments d'examen physique essentiels
L'examen doit identifier les facteurs de risque et orienter le traitement :
- Palpation ciblée : sensibilité au niveau de l'insertion du fascia plantaire, de l'insertion achilléenne, et de la paroi calcanéenne latérale 1
- Test de compression calcanéenne : compression médio-latérale du calcanéus évoque une fracture de stress 1
- Évaluation neurologique : test au monofilament 10-g avec au minimum une autre évaluation (piqûre, température, vibration avec diapason 128-Hz) pour identifier une perte de sensation protectrice 3
- Évaluation vasculaire : palpation des pouls pédieux, recherche de claudication 3
Algorithme thérapeutique initial (0-6 semaines)
Traitement de première ligne pour fasciite plantaire
Mesures non-pharmacologiques (prioritaires) 3, 2 :
- Étirements : fascia plantaire et muscles du mollet 3-5 fois par jour (intervention la plus efficace) 2
- Modification d'activité : réduction temporaire des activités à impact élevé, mais éviter le repos complet pour prévenir l'atrophie musculaire 1, 2
- Chaussures appropriées : support de voûte plantaire adéquat, coussinets de talon en vente libre 1, 2
- Cryothérapie : application de glace à travers une serviette humide pendant 10 minutes après les activités 1, 2
- Gestion du poids : si indiqué, pour réduire la pression sur le talon 3, 2
Traitement pharmacologique 3, 2 :
- AINS à court terme : pour soulagement de la douleur et réduction de l'inflammation 3, 2
- Attention : les AINS sont sécuritaires à court terme si la maladie inflammatoire intestinale est en rémission, mais comportent plus de risques en cas d'utilisation prolongée ou de maladie active 3
Mise en garde critique
Ne jamais injecter de corticostéroïdes près du tendon d'Achille en raison du risque de rupture tendineuse 1, 2
Réévaluation à 6-8 semaines
Si aucune amélioration après 6-8 semaines de traitement conservateur approprié 1, 2 :
Interventions de deuxième ligne
- Orthèses personnalisées : avec support métatarsien spécifique 3, 1
- Immobilisation : plâtre ou dispositif de type marchette à cheville fixe 2
- Imagerie avancée : IRM ou échographie pour confirmer le diagnostic et exclure d'autres pathologies 1, 2
- Thérapie par ondes de choc extracorporelles : option non invasive pour douleur persistante 2
Référence obligatoire
Référer à un chirurgien podiatrique ou spécialiste du pied si aucune amélioration après 6-8 semaines 1, 2
Imagerie diagnostique
Indications pour radiographies initiales
Radiographies en charge du pied si 1 :
- Incapacité de supporter le poids immédiatement après la blessure
- Sensibilité ponctuelle sur les malléoles/talus/calcanéus
- Incapacité de marcher 4 pas (critères d'Ottawa)
Si radiographies négatives mais douleur persistante >1 semaine
- IRM sans contraste ou TDM sans contraste (alternatives équivalentes) 1
- Scintigraphie osseuse au technétium : pour fracture de stress suspectée, car les symptômes précèdent souvent les signes radiographiques 1
Signaux d'alarme nécessitant référence urgente
- Douleur constante au repos
- Engourdissement ou symptômes neurologiques progressifs
- Œdème ou rougeur croissants (infection possible)
- Symptômes de brûlure ou picotements (origine neurologique nécessitant électromyographie, études de conduction nerveuse, IRM) 1
Pièges cliniques à éviter
- Ne pas négliger les fractures de stress : les patients rapportent souvent une augmentation de l'activité de marche avant l'apparition des symptômes, et les radiographies peuvent être initialement négatives 1
- Réexaminer 3-5 jours post-blessure : l'œdème et la douleur excessifs peuvent limiter l'examen initial dans les 48 heures 1
- Éviter l'immobilisation complète : risque d'atrophie musculaire et de déconditionnement 3, 2
- Éviter les attelles pour dystonie fonctionnelle : peuvent augmenter l'attention sur la zone, exacerber les symptômes, et causer un syndrome douloureux régional complexe 3
Considérations pour patients diabétiques
Si diabète présent, évaluation complète annuelle du pied obligatoire 3 :
- Inspection de la peau et déformations osseuses
- Évaluation neurologique (monofilament 10-g)
- Évaluation vasculaire (palpation des pouls)
- Chaussures thérapeutiques spécialisées si neuropathie sévère, déformations, ou antécédents d'ulcération 3
Approche multidisciplinaire
Pour douleur musculosquelettique chronique réfractaire, une approche multidisciplinaire est recommandée 3, 4 :