Oui, il s'agit d'une infection urinaire nécessitant un traitement antibiotique
Chez un patient avec rein unique, sonde JJ en place, bactériurie significative polymicrobienne (Morganella morganii et Enterococcus faecalis à 10⁶ UFC/mL) et douleur costo-vertébrale, il s'agit d'une infection urinaire symptomatique (pyélonéphrite) qui nécessite un traitement antibiotique, même en l'absence de fièvre. 1, 2
Pourquoi c'est une infection et non une colonisation
La distinction entre bactériurie asymptomatique et infection urinaire repose sur la présence de symptômes spécifiques :
- La douleur costo-vertébrale est un symptôme spécifique d'infection urinaire haute (pyélonéphrite), même sans fièvre, et justifie le traitement 1, 2
- La présence d'une sonde JJ (cathéter urétéral) ne change pas cette règle : les symptômes spécifiques indiquent une infection vraie 1, 3
- L'absence de fièvre n'exclut pas l'infection urinaire, particulièrement chez les patients avec matériel en place 1
Contexte à risque élevé : rein unique
- Le rein unique représente une situation à risque élevé où toute infection urinaire symptomatique nécessite un traitement rapide pour prévenir la perte de fonction rénale 2
- La présence de matériel urologique (sonde JJ) augmente le risque de complications, incluant l'obstruction et la septicémie 4, 3
Approche diagnostique et thérapeutique
Évaluation immédiate requise
- Obtenir une culture d'urine avec antibiogramme avant de débuter les antibiotiques pour guider le traitement définitif 2, 5
- Vérifier la fonction rénale (créatinine) et rechercher des signes d'obstruction 2
- Évaluer la perméabilité de la sonde JJ (échographie ou imagerie si suspicion d'obstruction) 3
Traitement antibiotique empirique
Pour cette infection polymicrobienne avec Morganella morganii et Enterococcus faecalis, le traitement empirique doit couvrir les deux pathogènes :
- Pipéracilline-tazobactam 4,5 g IV toutes les 6-8 heures est le choix optimal car il couvre à la fois Morganella morganii (bacille Gram négatif) et Enterococcus faecalis (Gram positif) 5, 6
- Alternative : Ciprofloxacine 500-750 mg PO deux fois par jour PLUS amoxicilline 1 g trois fois par jour si traitement oral possible 5
- Durée : 10-14 jours minimum pour une pyélonéphrite avec matériel en place 2, 3
Ajustement selon l'antibiogramme
- Adapter le traitement dès réception de l'antibiogramme (48-72 heures) pour cibler spécifiquement les pathogènes identifiés 2
- Si Morganella morganii résistant aux fluoroquinolones : maintenir pipéracilline-tazobactam ou utiliser un carbapénème 7
- Si Enterococcus faecalis résistant à l'ampicilline : envisager vancomycine ou linézolide selon les résistances 6
Considérations spécifiques pour la sonde JJ
- Envisager le remplacement de la sonde JJ si elle est en place depuis longtemps ou si obstruction suspectée 8, 3
- La formation de biofilm sur la sonde favorise les infections polymicrobiennes et la résistance aux antibiotiques 4, 3
- Ne pas retirer la sonde JJ pendant l'infection active sans avis urologique, car elle peut être nécessaire pour le drainage 3
Surveillance clinique
- Réévaluer à 48-72 heures : amélioration de la douleur, absence de fièvre, stabilité de la fonction rénale 2
- Si aggravation ou absence d'amélioration : imagerie urgente (TDM) pour exclure abcès rénal ou obstruction 2
- Risque de bactériémie : 4-6% des infections urinaires avec cathéter, surveiller signes de sepsis (hypotension, tachycardie, confusion) 1
Pièges à éviter
- Ne pas considérer ceci comme une bactériurie asymptomatique : la douleur costo-vertébrale est un symptôme spécifique qui change complètement la prise en charge 1, 2
- Ne pas attendre la fièvre pour traiter : l'absence de fièvre n'exclut pas une infection sévère, particulièrement chez les patients avec matériel en place 1
- Ne pas utiliser de monothérapie inadaptée : Enterococcus faecalis résiste naturellement aux céphalosporines, et Morganella morganii peut être résistant aux fluoroquinolones 7
- Ne pas oublier le suivi urologique : la sonde JJ nécessite une surveillance et un remplacement programmé pour prévenir les récidives 3