Traitement recommandé pour les bronchiectasies kystiques avec suspicion de MAC et d'ABPA
Le traitement doit cibler simultanément les deux diagnostics suspectés—ABPA et infection à MAC—tout en optimisant la prise en charge des bronchiectasies sous-jacentes, avec une approche médicale globale comprenant le drainage bronchique, les antibiotiques prolongés, et les corticostéroïdes oraux si l'ABPA est confirmée. 1
Étape 1 : Confirmer les diagnostics
Pour l'ABPA
- Mesurer immédiatement : IgE totales sériques, IgE spécifiques à Aspergillus (ou test cutané), IgG spécifiques à Aspergillus, numération formule sanguine avec éosinophiles 1
- L'ABPA est probable vu les impactions mucoïdes, les bronchiectasies kystiques à la lingula, et les opacités nodulaires 1, 2
Pour le MAC
- Obtenir 3 échantillons d'expectorations pour culture mycobactérienne avant de débuter tout traitement antibiotique 1, 3
- Les opacités nodulaires centro-lobulaires/arbres en bourgeon et les impactions mucoïdes calcifiées sont très évocatrices de MAC 3, 4
- Si pas d'expectoration spontanée, considérer expectoration induite ou lavage broncho-alvéolaire 1
Étape 2 : Traitement immédiat de l'ABPA (si confirmée)
Corticostéroïdes oraux (traitement de première ligne)
- Prednisone 0,5 mg/kg/jour pendant 2 semaines, puis sevrage progressif selon la réponse clinique et les taux d'IgE totales 1
- Surveiller les IgE totales toutes les 6-8 semaines comme marqueur d'activité de la maladie 1
- La durée totale du traitement est généralement de 6-12 mois 1
Antifongiques azolés (traitement adjuvant)
- Itraconazole comme agent d'épargne cortisonique chez les patients cortico-dépendants ou ayant des difficultés de sevrage 1
- Attention : l'azithromycine (utilisée pour MAC) avec l'itraconazole peut prolonger le QTc 1
Amphotéricine B nébulisée (traitement d'entretien)
- Considérer l'amphotéricine B nébulisée (10 mg deux fois par jour, trois fois par semaine) pour prévenir les exacerbations futures d'ABPA après le traitement initial 1
Étape 3 : Prise en charge des bronchiectasies
Drainage bronchique (absolument essentiel)
- Tous les patients doivent recevoir une instruction par un physiothérapeute respiratoire sur les techniques de drainage des voies aériennes, 10-30 minutes, une à deux fois par jour 1, 5, 6
- C'est l'intervention la plus sous-utilisée malgré des preuves solides de bénéfice 5, 6
Sérum salé hypertonique nébulisé
- Sérum salé hypertonique (3-7%, 4-5 mL) pour réduire la viscosité des expectorations et faciliter l'expectoration des bouchons muqueux 1, 6
- Précéder par salbutamol nébulisé pour minimiser le risque de bronchospasme 1
- La première dose doit être administrée sous supervision 1
Bronchodilatateurs
- Offrir un essai de bronchodilatateurs à longue action (BALA, LAMA ou combinaison) seulement si dyspnée significative, et cesser si pas d'amélioration symptomatique 1, 6
JAMAIS de DNase recombinante humaine (dornase alfa)
- La dornase alfa est contre-indiquée dans les bronchiectasies non-mucoviscidose et peut aggraver l'évolution 5, 6, 7
Étape 4 : Traitement du MAC (si confirmé par cultures)
Décision de traiter
- Ne pas traiter automatiquement : la décision nécessite la synthèse d'informations cliniques, radiographiques et microbiologiques 3, 4
- Traiter si : symptômes significatifs, progression radiographique, ou maladie cavitaire 3, 4
Régime antibiotique standard
- Azithromycine (préférée à la clarithromycine) + rifampicine + éthambutol 3, 8, 4
- Pour maladie nodulaire-bronchiectasique : trois fois par semaine 4
- Pour maladie cavitaire : quotidiennement, souvent avec aminoglycoside parentéral 4
- Durée minimale : au moins 12 mois après conversion de culture 8, 4
Prévention de la résistance aux macrolides
- L'éthambutol prévient la résistance aux macrolides et ne doit jamais être omis 8
- Ne jamais utiliser de monothérapie par macrolide : cela induit une résistance aux macrolides, ce qui est catastrophique 3, 8
Options pour maladie réfractaire
- Amikacine liposomale inhalée pour maladie réfractaire 3, 8
- Considérer clofazimine, linézolide, bédaquiline, ou fluoroquinolone en modification du traitement standard 8
Étape 5 : Antibiotiques à long terme pour les bronchiectasies
- Considérer les antibiotiques à long terme seulement si ≥3 exacerbations par an, et seulement après optimisation du drainage bronchique 1, 5, 6
- Si Pseudomonas aeruginosa chronique : colistine ou gentamicine inhalée en première ligne 1, 5, 6
- Si pas de Pseudomonas : macrolides (azithromycine ou érythromycine) en première ligne 1, 5
- Attention : l'azithromycine avec itraconazole peut prolonger le QTc 1
Étape 6 : Vaccinations
- Vaccination antigrippale annuelle et vaccination antipneumococcique obligatoires 1, 5, 6
- Idéalement administrer avant le début des corticostéroïdes ou retarder jusqu'à meilleur contrôle de la maladie 1
Étape 7 : Surveillance et suivi
Surveillance de l'ABPA
- IgE totales toutes les 6-8 semaines pendant le traitement 1
- Revue clinique, IgE totales et tests de fonction pulmonaire tous les 3-6 mois la première année, puis tous les 6-12 mois 1
Surveillance du MAC
- Cultures d'expectorations mensuelles pendant le traitement pour documenter la conversion de culture 3, 8
- Surveillance de la toxicité médicamenteuse (vision pour éthambutol, audition pour macrolides et aminoglycosides) 3, 8
Surveillance des bronchiectasies
- Scan thoracique post-traitement recommandé vu l'épaississement nodulaire important à la lingula 1
- Évaluation annuelle par physiothérapeute respiratoire pour optimiser le régime de drainage 6
Pièges critiques à éviter
Piège #1 : Sous-utilisation du drainage bronchique
- C'est l'erreur la plus fréquente : le drainage bronchique est la pierre angulaire du traitement et doit être optimisé avant tout autre traitement 5, 6
Piège #2 : Traiter le MAC sans confirmation microbiologique
- Ne jamais débuter un traitement anti-MAC sans cultures positives documentées 3, 4
- Le taux de récidive/réinfection est de 25-45%, donc la confirmation est essentielle 8
Piège #3 : Durée antibiotique inadéquate pour les exacerbations
- Toute exacerbation de bronchiectasie nécessite 14 jours d'antibiotiques (pas 7-10 jours) pour réduire le risque d'échec thérapeutique 1, 5, 6, 7
Piège #4 : Utilisation de dornase alfa
Piège #5 : Échec d'identification et de traitement agressif du Pseudomonas aeruginosa
- P. aeruginosa cause une augmentation de 3 fois de la mortalité, 7 fois des hospitalisations, et une exacerbation supplémentaire par an 5, 6, 7
Piège #6 : Considérer la chirurgie pour maladie multilobaire
- La chirurgie est contre-indiquée dans la maladie multilobaire car l'ablation de plusieurs lobes causerait une insuffisance respiratoire inacceptable 6
Quand référer en pneumologie (immédiatement)
- Référence en pneumologie urgente recommandée pour 1 :
- Confirmation diagnostique d'ABPA et de MAC
- Optimisation du traitement des bronchiectasies
- Surveillance post-traitement avec scan thoracique
- Maladie détériorante malgré traitement optimal
- Considération de transplantation pulmonaire si FEV1 <30% et âge ≤65 ans 6