Interprétation et Traitement des Données de Polysomnographie
Principes d'interprétation de la polysomnographie
La polysomnographie (PSG) est l'examen de référence pour diagnostiquer les troubles du sommeil, particulièrement les troubles respiratoires du sommeil, et doit être interprétée selon les critères standardisés de l'American Academy of Sleep Medicine (AASM). 1
L'interprétation correcte d'une polysomnographie comprend:
- L'évaluation des stades du sommeil (N1, N2, N3, REM) selon les règles de l'AASM, avec attention particulière aux dérivations EEG frontales pour le sommeil à ondes lentes 1
- Le calcul de l'index d'apnées-hypopnées (IAH) en utilisant les critères recommandés pour les hypopnées 1
- L'identification des micro-éveils et de la fragmentation du sommeil 1
- La mesure des désaturations en oxygène et leur sévérité 1
- L'évaluation des mouvements périodiques des membres 1
Indications de la polysomnographie
La polysomnographie est indiquée dans les situations suivantes:
- Suspicion de troubles respiratoires du sommeil modérés à sévères 1
- Suspicion de narcolepsie (avec test itératif de latence d'endormissement) 1, 2
- Comportements violents ou potentiellement dangereux pendant le sommeil 1
- Parasomnies atypiques ou inhabituelles 1
- Suspicion de trouble du comportement en sommeil paradoxal 1
- Échec d'un test de sommeil à domicile ou résultat non concluant 1
- Présence de comorbidités significatives (maladies cardio-respiratoires, faiblesse musculaire, hypoventilation, usage chronique d'opioïdes, antécédent d'AVC, insomnie sévère) 1
La polysomnographie n'est pas systématiquement indiquée pour:
- L'évaluation de l'insomnie chronique sans suspicion d'autre trouble du sommeil 1, 3
- Le diagnostic des troubles du rythme circadien 2, 4
- Le syndrome des jambes sans repos sans suspicion de mouvements périodiques des membres 2, 4
Traitement des troubles identifiés par polysomnographie
Syndrome d'apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS)
Le traitement dépend de la sévérité:
- SAHOS modéré à sévère (IAH ≥ 15): Pression positive continue (PPC) en première intention 1
- SAHOS léger (IAH 5-14): Traitement individualisé selon les symptômes et comorbidités 1
- Pour les patients sous PPC, une titration durant la polysomnographie est recommandée pour déterminer la pression optimale 1
Insomnie
L'approche thérapeutique comprend:
- Thérapie cognitivo-comportementale pour l'insomnie (TCC-I) en première intention 1
- Pharmacothérapie à court terme si nécessaire:
Troubles du rythme circadien
Les traitements incluent:
- Photothérapie adaptée au type de trouble (avancé, retardé ou non-24h) 1
- Mélatonine à dose et timing spécifiques selon le trouble 1
- Combinaison de photothérapie et mélatonine pour les cas réfractaires 1
Trouble du comportement en sommeil paradoxal (TCSP)
Le traitement repose sur:
- Sécurisation de l'environnement de sommeil 1
- Clonazépam à faible dose au coucher 1
- Mélatonine comme alternative ou traitement complémentaire 1
Considérations particulières
- Pour les patients avec suspicion d'apnée du sommeil, un protocole de nuit partagée (diagnostique puis thérapeutique) peut être envisagé si cliniquement approprié 1
- En cas de polysomnographie initiale négative mais forte suspicion clinique, une seconde polysomnographie peut être considérée 1
- Les patients sous opioïdes chroniques nécessitent une attention particulière à l'hypoventilation et aux apnées centrales 1
- Les enfants avec troubles respiratoires du sommeil présentent souvent des patterns différents des adultes et nécessitent des critères d'interprétation spécifiques 1
Points de vigilance
- L'utilisation de deux définitions différentes pour les hypopnées peut entraîner des variations importantes de l'IAH 1
- Les questionnaires cliniques et algorithmes prédictifs ne doivent pas remplacer la polysomnographie ou le test de sommeil à domicile pour le diagnostic du SAHOS 1
- Les patients avec faiblesse musculaire d'origine neuromusculaire peuvent présenter des événements obstructifs difficiles à détecter sans mesure de pression œsophagienne 1
- Les médicaments hypnotiques peuvent causer des troubles cognitifs et comportementaux, particulièrement chez les personnes âgées 1