Prise en charge de la douleur à la nuque
Pour la douleur cervicale aiguë sans signes d'alarme ("red flags"), évitez l'imagerie initiale et privilégiez les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou les relaxants musculaires à court terme (2-3 semaines maximum), combinés à l'exercice thérapeutique. 1, 2
Évaluation initiale : Recherche de signes d'alarme
Avant toute intervention, identifiez les "red flags" qui nécessitent une imagerie urgente par IRM cervicale sans contraste 1, 3 :
- Signes infectieux : fièvre, usage de drogues intraveineuses, immunosuppression (diabète, VIH, corticostéroïdes chroniques), élévation des marqueurs inflammatoires (VS, CRP, leucocytes) 1, 3
- Signes neurologiques : déficit moteur progressif, myélopathie, dysfonction vésicale/intestinale 1, 3
- Signes systémiques : perte de poids inexpliquée, antécédents de cancer 1, 3
- Signes vasculaires : suspicion d'étiologie vasculaire, coagulopathie 3
- Signes traumatiques : risque de fracture, ostéoporose 3
Si ces signes sont présents, l'IRM cervicale sans contraste est l'examen de choix, car les radiographies simples ne peuvent pas détecter les pathologies des tissus mous, les infections précoces ou les processus inflammatoires. 1, 3
Prise en charge de la douleur cervicale aiguë (< 6 semaines) sans red flags
Traitement pharmacologique de première ligne
- AINS : traitement de première intention pour la douleur cervicale aiguë 1, 4, 5
- Relaxants musculaires (cyclobenzaprine) : efficaces pour 2-3 semaines maximum en présence de spasmes musculaires 2, 4, 5, 6
- La FDA approuve le cyclobenzaprine uniquement pour des périodes courtes car l'efficacité au-delà de 2-3 semaines n'est pas démontrée 2
- Évitez le paracétamol seul : non recommandé comme traitement unique pour la lombalgie chronique 1
- Évitez les opioïdes : non recommandés pour la douleur cervicale chronique 1
Interventions non pharmacologiques
- Exercice thérapeutique : traitement le plus fortement recommandé avec les meilleures preuves d'efficacité 1, 4, 6
- Thérapie manuelle et massage : preuves modérées d'efficacité 1, 4, 7
- Acupuncture : preuves faibles mais peut être considérée 1, 4, 7
- Manipulation vertébrale : preuves faibles, à utiliser avec prudence 1, 4
Ce qu'il faut ÉVITER
Ne prescrivez PAS d'imagerie (radiographies, IRM, CT) pour la douleur cervicale aiguë sans red flags. 1 Les anomalies dégénératives sont extrêmement fréquentes chez les personnes asymptomatiques (53,9% présentent des changements dégénératifs discaux) et corrèlent mal avec les symptômes cliniques. 1, 4
Prise en charge de la douleur cervicale chronique (≥ 3 mois)
Traitement conservateur
- Exercice thérapeutique : reste le pilier du traitement 1, 4, 6
- AINS : peuvent être utilisés mais avec prudence à long terme 1, 4
- Antidépresseurs ou anticonvulsivants adjuvants : à considérer si douleur neuropathique ou dépression concomitante 5
Procédures interventionnelles : FORTEMENT DÉCONSEILLÉES
Les lignes directrices du BMJ 2025 émettent des recommandations FORTES CONTRE les procédures interventionnelles suivantes pour la douleur cervicale chronique axiale : 1
- Ablation par radiofréquence des articulations avec ou sans injection ciblée 1
- Injections épidurales d'anesthésiques locaux, de stéroïdes ou leur combinaison 1
- Injections articulaires ciblées d'anesthésiques locaux, de stéroïdes ou leur combinaison 1
- Injections intramusculaires d'anesthésiques locaux avec ou sans stéroïdes 1
Pour la radiculopathie cervicale chronique, les mêmes recommandations FORTES s'appliquent CONTRE : 1
- Ablation par radiofréquence du ganglion de la racine dorsale 1
- Injections épidurales de toute nature 1
Mise en garde importante : Malgré l'augmentation massive de l'utilisation de ces procédures (augmentation de 271% des injections épidurales lombaires entre 1994-2001 aux États-Unis), les preuves d'efficacité restent incertaines ou insuffisantes. 1 Une ligne directrice plus ancienne (ASA 2010) suggérait l'ablation par radiofréquence pour la douleur cervicale, mais cette recommandation est contredite par les preuves les plus récentes et de meilleure qualité du BMJ 2025. 1
Radiculopathie cervicale
Prise en charge conservatrice (75-90% des patients s'améliorent)
- Traitement conservateur initial : 75-90% des patients obtiennent un soulagement symptomatique sans chirurgie 1
- Injections épidurales de stéroïdes : preuves contradictoires et recommandation FORTE CONTRE selon le BMJ 2025 1, 6
- Dénervation par radiofréquence des facettes : preuves faibles positives selon des études plus anciennes, mais recommandation FORTE CONTRE selon le BMJ 2025 1, 6
Chirurgie
- Plus efficace que le traitement conservateur à court terme, mais PAS à long terme pour la plupart des patients 4, 6
- L'observation clinique est une stratégie raisonnable avant d'envisager la chirurgie 4
Algorithme de prise en charge
- Évaluation des red flags → Si présents → IRM cervicale sans contraste 1, 3
- Si douleur aiguë sans red flags → AINS + relaxants musculaires (2-3 semaines max) + exercice 1, 2, 4
- Éviter l'imagerie systématique 1
- Si pas d'amélioration à 4-6 semaines → Réévaluation et considérer l'imagerie 5
- Si douleur chronique → Exercice thérapeutique + AINS prudents + éviter les procédures interventionnelles 1
- Si radiculopathie → Traitement conservateur initial (75-90% s'améliorent) 1
Pièges à éviter
- Ne pas prescrire d'imagerie pour la douleur aiguë sans red flags : taux élevé d'anomalies chez les asymptomatiques 1, 4
- Ne pas prolonger les relaxants musculaires au-delà de 2-3 semaines : absence de preuves d'efficacité 2
- Ne pas référer pour des procédures interventionnelles : recommandations FORTES CONTRE selon les preuves les plus récentes 1
- Ne pas prescrire d'opioïdes pour la douleur cervicale chronique 1