Polyurie du sujet âgé : Diagnostic et prise en charge
Chez le sujet âgé présentant une polyurie, commencez systématiquement par un calendrier mictionnel sur 3 jours pour documenter objectivement le volume urinaire des 24 heures et distinguer la polyurie globale (>3L/24h) de la polyurie nocturne (>33% du volume nocturne), puis recherchez activement les causes sous-jacentes traitables avant d'envisager un traitement symptomatique. 1, 2
Approche diagnostique initiale
Documentation objective
- Calendrier mictionnel obligatoire : Faites compléter un calendrier sur 3 jours consécutifs documentant l'heure et le volume de chaque miction pour confirmer la polyurie et caractériser le pattern diurne versus nocturne 1, 2
- Définitions précises : La polyurie des 24 heures est définie par un débit urinaire >3 litres/jour chez l'adulte, tandis que la polyurie nocturne correspond à >33% du volume urinaire total produit la nuit 1, 2
Particularités gériatriques critiques
- Présentation atypique : Les personnes âgées présentent rarement une soif typique car le seuil rénal de glycosurie augmente avec l'âge et les mécanismes de la soif sont altérés 1
- Symptômes trompeurs : Recherchez plutôt une fatigue, perte de poids, confusion, déclin fonctionnel ou chutes plutôt que la polydipsie classique 1
Exclusion d'une infection urinaire
Piège fréquent : Ne présumez jamais qu'une polyurie chez une femme âgée représente une infection urinaire sans critères spécifiques 1
- Critères diagnostiques stricts : Ne prescrivez des antibiotiques que si présence de dysurie d'apparition récente, fréquence/urgence mictionnelle, douleur de l'angle costo-vertébral, OU signes systémiques (fièvre >37,8°C, frissons, delirium franc) 3, 1
- Symptômes non spécifiques à ignorer : N'attribuez pas à une infection urinaire les symptômes isolés suivants : urine trouble, changement d'odeur urinaire, nycturie, fatigue, changement d'état mental sans delirium, diminution de l'apport hydrique, malaise ou baisse de mobilité 3, 1
Évaluation étiologique systématique
Causes à rechercher prioritairement
- Diabète sucré : Vérifiez la glycémie et l'HbA1c, particulièrement important car les symptômes classiques peuvent être absents chez le sujet âgé 1, 2
- Diabète insipide : Central (déficit en vasopressine) ou néphrogénique (résistance rénale à la vasopressine) 2, 4
- Insuffisance cardiaque : Peut causer une polyurie nocturne par redistribution liquidienne en décubitus 2
- Insuffisance rénale chronique : Altère la capacité de concentration urinaire 2, 5
- Médicaments : Revoyez systématiquement les diurétiques (horaire d'administration), lithium, déméclocycline 2, 4
Classification physiopathologique
- Polyurie osmotique : Osmolalité urinaire >300 mOsm/L (hyperglycémie, urée, mannitol) 5
- Polyurie aqueuse : Osmolalité urinaire <150 mOsm/L (diabète insipide, polydipsie primaire) 5
- Forme mixte : Osmolalité urinaire 150-300 mOsm/L 5
Prise en charge thérapeutique
1. Polyurie nocturne isolée
Traitement de première ligne - Modifications du mode de vie 2
- Limitez strictement les apports hydriques du soir à ≤200 ml 2
- Ajustez l'horaire des diurétiques (administration matinale plutôt que vespérale) 2
- Évaluez et traitez l'insuffisance cardiaque sous-jacente si présente 2
Traitement de deuxième ligne 2
- La desmopressine est indiquée en cas d'échec des mesures comportementales pour la polyurie nocturne 2
2. Diabète insipide central
- Administrez de la vasopressine exogène comme traitement symptomatique 4
3. Diabète insipide néphrogénique
- Restriction protéique alimentaire pour réduire la charge osmotique rénale 2
- Association hydrochlorothiazide/amiloride ou hydrochlorothiazide/indométacine peut réduire le débit urinaire de 20 à 50% 4
- Accès libre aux liquides essentiel 2
4. Traitement étiologique
- Diabète sucré : Optimisez le contrôle glycémique en évitant l'hypoglycémie chez le sujet âgé 3
- Polypharmacie : Revoyez chaque médicament à chaque consultation, documentez l'indication et surveillez les interactions médicamenteuses 3
Surveillance et suivi
- Réévaluation précoce : Contrôlez les symptômes et le débit urinaire dans les 2 à 4 semaines suivant l'initiation d'un traitement 1
- Dépistage annuel : Recherchez systématiquement une incontinence urinaire qui coexiste fréquemment avec la polyurie et affecte profondément la qualité de vie 1
- Évaluation cognitive : Dépistez les troubles cognitifs qui peuvent interférer avec l'observance thérapeutique et l'autogestion 3
Pièges à éviter
- Ne pas traiter le symptôme sans identifier la cause : L'échec diagnostique conduit à un traitement inefficace 2
- Restriction hydrique inappropriée : Dangereuse dans le diabète insipide néphrogénique où l'accès libre aux liquides est essentiel 2
- Prescription d'antibiotiques injustifiée : Basée uniquement sur des symptômes urinaires non spécifiques sans critères infectieux stricts 3, 1
- Ignorer la polypharmacie : Les interactions médicamenteuses et la fonction rénale altérée nécessitent une attention particulière chez le sujet âgé 3