Une lésion tumorale n'est pas nécessairement un cancer
Non, une lésion tumorale n'est pas automatiquement un cancer - elle peut être bénigne, précancéreuse (préinvasive), ou maligne, et seule l'analyse histopathologique peut établir cette distinction avec certitude. 1
Classification des lésions tumorales
Les lésions tumorales se divisent en plusieurs catégories distinctes qui nécessitent une différenciation systématique :
Lésions bénignes
- Les tumeurs bénignes sont bien différenciées, croissent lentement, montrent une croissance expansive avec encapsulation et ne métastasent pas 1
- Elles maintiennent généralement un aspect homogène sur les séquences d'imagerie T1 et T2, avec des marges bien définies 2
- Exemples incluent les papillomes et adénomes 3
Lésions préinvasives (précancéreuses)
- Ces lésions représentent un état intermédiaire avec croissance non restreinte dans le compartiment tissulaire d'origine, mais sans invasion 4
- Comprennent la dysplasie squameuse, l'hyperplasie adénomateuse atypique, et le carcinome in situ (CIS) 3
- Le CIS est considéré comme une lésion de haut grade non invasive qui nécessite un traitement mais n'est pas encore un cancer invasif 3
Lésions malignes (cancer)
- Les tumeurs malignes sont souvent peu différenciées, croissent rapidement avec nombreuses mitoses, montrent une croissance invasive sans capsule et métastasent fréquemment 1
- Caractérisées par une hypercellularité, nécrose tumorale, et altérations nucléaires incluant élargissement nucléaire avec rapport nucléo-cytoplasmique élevé, hyperchromatisme, pléomorphisme, nucléoles proéminents et mitoses fréquentes 1
Critères diagnostiques essentiels pour distinguer cancer invasif des autres lésions
L'invasion stromale avec réaction desmoplastique est le critère cardinal qui définit un cancer véritable 3, 1. Les caractéristiques suivantes permettent de différencier un carcinome invasif :
- Cellules invasives différentes du composant muqueux sus-jacent avec atypie dépassant la dysplasie de bas grade 3
- Présence de desmoplasie non associée à un infiltrat inflammatoire proéminent 3
- Glandes irrégulières, angulées ou pointues dans le composant invasif 3
- Cryptes envahissantes s'étendant latéralement sous le composant muqueux de surface 3
- Perte cellulaire de la muqueuse envahissante 3
- Plus de 2 glandes envahissantes 3
- Absence de membrane basale autour des glandes envahissantes 3
Pièges diagnostiques à éviter
Pseudoinvasion
- La pseudoinvasion (déplacement non invasif de l'épithélium) peut mimer un cancer, particulièrement dans les adénomes pédiculés où le traumatisme déplace l'épithélium adénomateux dans la tête du polype 3
- Une fine couche de lamina propria accompagne l'épithélium déplacé, avec présence d'hémosidérine comme preuve de traumatisme 3
- L'absence de réponse desmoplastique aide à distinguer la pseudoinvasion du carcinome invasif 3
Lésions pseudo-tumorales
- Le prolapsus muqueux peut causer des changements mimant un adénocarcinome invasif 3
- Les lésions inflammatoires avec fibrose sévère peuvent être confondues avec des tumeurs malignes 3
Approche diagnostique systématique
Un diagnostic histologique doit toujours être obtenu avant d'initier tout traitement 3, 5. L'approche comprend :
- Reconnaissance de la présence d'une lésion et détermination si elle est néoplasique ou non-néoplasique 1
- Détermination de l'origine (épithéliale versus mésenchymateuse) basée sur la morphologie cellulaire et l'architecture 1
- Évaluation de la différenciation, du taux de croissance, du pattern de croissance et du potentiel métastatique pour distinguer bénin de malin 1
- Classification du type tumoral basée sur la différenciation cellulaire et le pattern de croissance 1
- Immunomarquage, outils diagnostiques moléculaires ou microscopie électronique si nécessaire pour identification correcte 1
Faux positifs et faux négatifs en imagerie
L'imagerie seule ne peut pas définitivement établir qu'une lésion est cancéreuse 3 :
- Les lésions hyperintenses en diffusion ne sont pas toutes malignes 3
- Les tumeurs malignes tendent à changer de pattern d'homogène en T1 à hétérogène en T2 (72%), tandis que les lésions bénignes maintiennent leur pattern (67%) 2
- Les septations de bas signal sont présentes dans 80% des tumeurs malignes mais seulement 8% des bénignes 2
En conclusion, seule la confirmation histopathologique avec évaluation des critères d'invasion peut déterminer si une lésion tumorale est un cancer. 3, 1