Les contraceptifs oraux peuvent-ils causer des douleurs pelviennes ?
Les contraceptifs oraux contenant des œstrogènes peuvent effectivement causer ou aggraver les douleurs pelviennes chez certaines patientes, particulièrement celles atteintes d'angioedème héréditaire, tandis que les contraceptifs progestatifs seuls sont généralement mieux tolérés et peuvent même réduire les douleurs pelviennes dans plusieurs conditions gynécologiques.
Contraceptifs combinés (œstrogènes + progestatifs)
Risque d'aggravation des symptômes dans des populations spécifiques
Chez les femmes atteintes d'angioedème héréditaire par déficit en inhibiteur de C1 (HAE-C1-INH), 60 à 80% des patientes utilisant des contraceptifs oraux contenant des œstrogènes ont présenté une augmentation de la fréquence et de la sévérité des crises, incluant des douleurs abdominales et pelviennes 1.
Les œstrogènes augmentent les niveaux de Facteur XII, kallikréine et kinines, tout en diminuant les niveaux de C1-INH, ce qui explique cette aggravation 1.
Effets indésirables gynécologiques courants
Les contraceptifs progestatifs seuls peuvent causer une intolérance gynécologique avec saignements intercurrents, inconfort pelvien et mastalgies chez environ un tiers des patientes 1.
Ces symptômes sont liés à la formation de kystes fonctionnels dans environ 30% des cycles, pouvant produire une hyperestrogénie 1.
Effets bénéfiques sur les douleurs pelviennes
Réduction des douleurs dans plusieurs conditions
Les contraceptifs oraux réduisent considérablement les douleurs pelviennes chez les femmes atteintes d'endométriose symptomatique et améliorent la qualité de vie liée à la santé 2.
Ils constituent le traitement de première ligne pour la dysménorrhée primaire en réduisant la production de prostaglandines responsables de la douleur 3.
Les contraceptifs oraux pris en continu sont recommandés comme première ligne pour les patientes souffrant de douleurs pelviennes nécessitant un retard du cycle menstruel, offrant à la fois un report du cycle et une réduction de la douleur 4.
Prévention de certaines causes de douleurs pelviennes
L'utilisation de contraceptifs oraux diminue le risque de maladie inflammatoire pelvienne nécessitant une hospitalisation 5, 6.
Ils réduisent le risque de grossesse extra-utérine, une cause importante de douleur pelvienne aiguë 5.
Algorithme décisionnel pratique
Évaluation initiale
Identifier si la patiente présente des conditions spécifiques :
Évaluer le type de douleur pelvienne :
Choix du contraceptif
Pour les patientes avec dysménorrhée ou endométriose : prescrire des contraceptifs oraux combinés en continu (sans interruption de 7 jours) 4.
Pour les patientes à risque avec les œstrogènes : privilégier les progestatifs seuls, bien que deux tiers des patientes les tolèrent bien malgré un risque d'inconfort pelvien initial 1.
Pour les patientes avec angioedème héréditaire : éviter absolument les contraceptifs contenant des œstrogènes et les patchs/anneaux combinés 1.
Pièges à éviter
Ne pas confondre les effets des contraceptifs combinés avec ceux des progestatifs seuls : les œstrogènes sont responsables de la majorité des effets indésirables graves, tandis que les progestatifs peuvent causer un inconfort pelvien bénin mais transitoire 1, 8.
Ne pas ignorer les saignements intercurrents et l'inconfort pelvien initial avec les progestatifs seuls : ces symptômes sont fréquents mais diminuent généralement avec le temps 1, 7.
Avertir les patientes que les saignements irréguliers sont courants au début de l'utilisation continue mais s'améliorent généralement avec la poursuite du traitement 4, 7.
Reconnaître que les contraceptifs oraux modernes à faible dose (20 mcg d'éthinylestradiol) n'affectent pas l'incidence des kystes fonctionnels, contrairement aux formulations plus anciennes 2.
Surveillance et ajustements
Si l'inconfort pelvien persiste après 3 mois d'utilisation de progestatifs seuls, envisager un changement vers une autre formulation ou méthode 1.
Pour les douleurs sévères non contrôlées par les contraceptifs oraux, considérer les agonistes de la GnRH comme traitement de deuxième ligne 4, 3.
Toute douleur pelvienne persistante malgré un traitement approprié nécessite une évaluation pour exclure une maladie inflammatoire pelvienne, une masse ovarienne, une torsion ou une grossesse extra-utérine 1, 9.