Produits naturels pour réduire l'incidence des infections urinaires à répétition chez la femme
Recommandation principale
Pour les femmes préménopausées, les produits à base de canneberge contenant 36 mg de proanthocyanidines (PAC) par jour réduisent le risque d'infections urinaires récurrentes d'environ 26-30%, tandis que pour les femmes postménopausées, l'œstrogène vaginal constitue le traitement de première ligne avec une réduction de 75% des récidives. 1, 2
Algorithme de traitement selon le statut ménopausique
Femmes postménopausées
L'œstrogène vaginal est le traitement non-antimicrobien de première ligne avec la recommandation la plus forte (Grade B). 2
- Crème d'estriol 0,5 mg : Appliquer 0,5 mg par voie vaginale chaque soir pendant 2 semaines, puis 0,5 mg deux fois par semaine pendant au moins 6-12 mois 2
- Mécanisme d'action : Restaure la colonisation par les lactobacilles (61% vs 0% avec placebo), réduit le pH vaginal, et diminue la colonisation par les bactéries gram-négatives 2
- Efficacité supérieure : La crème vaginale réduit les infections urinaires de 75% (RR 0,25), comparativement à 36% pour l'anneau vaginal (RR 0,64) 2
- Sécurité : L'absorption systémique est minimale, sans augmentation du risque de cancer de l'endomètre, d'AVC, de thromboembolie veineuse ou de cancer du sein 2
Pièges à éviter :
- Ne PAS prescrire d'œstrogène oral pour la prévention des infections urinaires - complètement inefficace (RR 1,08) et comporte des risques systémiques inutiles 2
- Ne PAS retenir l'œstrogène vaginal en raison de la présence d'un utérus - l'absorption systémique minimale rend les risques endométriaux négligeables 2
Femmes préménopausées
Les produits à base de canneberge représentent l'option non-antimicrobienne principale (recommandation conditionnelle, Grade C). 1
- Dosage recommandé : 36-37 mg de proanthocyanidines (PAC) par jour, typiquement administrés comme 18,5 mg deux fois par jour 1
- Efficacité : Réduction de 26% du risque d'infections urinaires symptomatiques confirmées par culture (RR 0,74, IC 95% : 0,55-0,99) 1, 3
- Formulations : Aucune preuve ne favorise une formulation (jus, comprimés, capsules) par rapport à une autre 1
- Considérations pratiques : Les capsules sont préférées chez les patientes diabétiques en raison de la teneur élevée en sucre des jus 1
Limites importantes :
- La qualité de l'évidence est faible avec des résultats contradictoires 4
- Les produits commerciaux manquent souvent de standardisation du contenu en PAC 1
- Les taux d'abandon peuvent atteindre 55% en raison de problèmes de tolérance et d'observance 1
Options adjuvantes et alternatives
Probiotiques contenant des lactobacilles
- Utilisation : Peuvent être ajoutés comme thérapie adjuvante (vaginale ou orale) pour aider à restaurer l'homéostasie vaginale, particulièrement chez les femmes postménopausées recevant de l'œstrogène vaginal 2
- Recommandation : Faible, avec des preuves contradictoires 1
- Ne doivent PAS être utilisés en monothérapie 2
Combinaison de produits naturels
- Une étude pilote a montré que la combinaison de 120 mg de canneberge (minimum 32 mg de PAC), 1 milliard de L. rhamnosus inactivés par la chaleur, et 750 mg de vitamine C trois fois par jour pendant 20 jours consécutifs par mois pendant 3 mois a donné des taux de réponse de 72,2% à 3 mois et 61,1% à 6 mois 5
- Cette approche exploite les effets additifs ou synergiques potentiels 5
D-mannose
- Recommandation faible avec des preuves contradictoires 1
- Peut être considéré comme option alternative, mais les données sont limitées 1
Populations où la canneberge NE fonctionne PAS
- Patientes avec vessie neurogène nécessitant un cathétérisme : Résultats majoritairement négatifs 1
- Patientes avec lésion médullaire : Peuvent ne pas bénéficier des produits à base de canneberge 1
- Exception : Les hommes utilisant des cathéters externes peuvent constituer une exception 1
Algorithme séquentiel si l'œstrogène vaginal échoue (femmes postménopausées)
- Ajouter des probiotiques contenant des lactobacilles (vaginal ou oral) 2
- Hippurate de méthénamine 1 gramme deux fois par jour 2
- Prophylaxie immunoactive avec OM-89 (Uro-Vaxom) si disponible 2
- Réserver la prophylaxie antimicrobienne comme dernier recours : nitrofurantoïne 50 mg, triméthoprime-sulfaméthoxazole 40/200 mg, ou triméthoprime 100 mg le soir pendant 6-12 mois 2
Considérations de sécurité
Canneberge
- Effets indésirables : Intolérance gastro-intestinale, gain de poids (charge calorique excessive avec le jus) 1
- Interactions médicamenteuses : Plusieurs cas d'interactions avec la warfarine ont été rapportés, incluant un cas de saignement grave - les patientes sous antagonistes de la vitamine K doivent être averties 6
Œstrogène vaginal
- Effets secondaires courants : Irritation vaginale pouvant affecter l'observance 2
- Patientes avec antécédents de cancer du sein : Doivent discuter avec leur équipe d'oncologie, mais ce n'est pas une contre-indication absolue en raison de l'absorption systémique minimale 2
Pièges cliniques critiques à éviter
- Ne PAS traiter la bactériurie asymptomatique - cela favorise la résistance antimicrobienne et augmente les épisodes d'infections urinaires récurrentes 2
- Ne PAS supposer que tous les produits à base de canneberge sont équivalents - vérifier le contenu et la standardisation en PAC 1
- Ne PAS utiliser de jus de canneberge chez les patientes diabétiques sans considérer la teneur en sucre - recommander plutôt des capsules 1
- Informer les patientes sur les preuves limitées et contradictoires pour établir des attentes réalistes 1