Lien entre symptômes urinaires et intestinaux
Oui, vos symptômes urinaires d'urgence mictionnelle sont très probablement liés à vos problèmes intestinaux, car ces deux systèmes partagent des mécanismes neurologiques communs et font partie d'un syndrome fonctionnel plus large.
Comprendre la connexion intestin-vessie
Les symptômes urinaires (nycturie, fréquence, urgence mictionnelle, sensation de vidange incomplète de la vessie) sont des manifestations non-gastro-intestinales reconnues du syndrome de l'intestin irritable (SII) 1. Ces symptômes sont suffisamment importants pour que les patients soient parfois référés à d'autres spécialités où ils peuvent recevoir des investigations ou traitements inappropriés 1.
L'utilisation de ces symptômes associés améliore la précision diagnostique du SII 1. Entre 20% et 50% des patients atteints de SII présentent également d'autres syndromes douloureux chroniques, suggérant un mécanisme sous-jacent commun 1.
Mécanismes physiopathologiques
Hypersensibilité viscérale partagée
Les patients avec troubles fonctionnels gastro-intestinaux présentent une altération du traitement central de la douleur viscérale 1. Cette hypersensibilité ne se limite pas au tractus digestif mais affecte également la vessie et d'autres organes pelviens 1.
Dysrégulation autonomique
Vos observations sur les gargouillements intestinaux lors de tensions ou lors de la miction reflètent probablement une dysrégulation du système nerveux autonome 1. Le syndrome de tachycardie orthostatique posturale (PoTS) et d'autres formes de dysautonomie sont fréquemment associés aux symptômes gastro-intestinaux et urinaires 1.
Approche diagnostique pratique
Critères diagnostiques du SII à rechercher
Vous devriez présenter au moins trois mois de douleur abdominale récurrente associée à 1:
- Soulagement par la défécation
- Modification de la fréquence des selles
- Modification de la consistance des selles
Symptômes de soutien
Les éléments suivants renforcent le diagnostic 2:
- Ballonnements abdominaux
- Gargouillements intestinaux (borborygmes) 1
- Symptômes urinaires (fréquence, urgence, nycturie) 1, 2
- Fatigue, maux de tête, douleurs dorsales 1, 2
- Aggravation des symptômes par le stress 1
- Aggravation dans les 90 minutes suivant les repas 1, 3
Signes d'alarme à exclure
Consultez immédiatement si vous présentez 1:
- Perte de poids involontaire
- Saignement rectal
- Symptômes nocturnes qui vous réveillent
- Anémie
- Fièvre
- Antécédents familiaux de cancer colorectal
Pièges à éviter
Ne pas attribuer tous les symptômes au SII
Si les symptômes intestinaux n'étaient pas présents avant l'apparition des symptômes urinaires, il est déraisonnable de tout attribuer au SII 1. Le réveil nocturne pour déféquer et la stéatorrhée ne sont jamais des caractéristiques du SII 1.
Investigations inappropriées
Les tests diagnostiques pour les intolérances alimentaires ne sont généralement pas rentables 4. Cependant, des examens de base sont recommandés: numération formule sanguine, CRP ou VS, sérologie cœliaque, et calprotectine fécale 3.
Référence à plusieurs spécialistes
Évitez les consultations multiples en urologie, gynécologie ou chirurgie qui peuvent mener à des investigations ou interventions inappropriées 1. Une approche holistique en médecine générale est souvent plus appropriée 1.
Considérations thérapeutiques
Approche globale recommandée
Le traitement doit cibler à la fois les symptômes intestinaux et urinaires 1:
- Modifications alimentaires progressives avec suppléments de fibres 4
- Antispasmodiques pour les crampes abdominales (dicycloverine avant les repas) 4
- Antidiarrhéiques en doses fractionnées si diarrhée prédominante (lopéramide 2-6 mg le matin) 4
- Techniques de relaxation pour la dysrégulation autonomique 4
Médicaments anticholinergiques: attention aux effets croisés
Les médicaments anticholinergiques utilisés pour les symptômes urinaires peuvent aggraver les symptômes intestinaux 5, 6. La toltérodine et l'oxybutynine, couramment prescrits pour l'urgence urinaire, doivent être utilisés avec prudence chez les patients présentant une motilité gastro-intestinale diminuée 5, 6.
Antidépresseurs tricycliques
Pour les syndromes de douleur viscérale chronique avec troubles du sommeil, de petites doses d'antidépresseurs tricycliques sont efficaces, particulièrement chez les patients avec diarrhée prédominante 4. Les bénéfices peuvent prendre 3 à 4 semaines pour apparaître 4.
Comorbidités psychologiques
Au moins la moitié des patients atteints de SII présentent de la dépression, de l'anxiété ou de l'hypochondrie 1, 2. Ces facteurs psychologiques n'causent pas les symptômes mais influencent la façon dont les patients y répondent et leur comportement de recherche de soins 1, 4.
Un questionnaire auto-administré peut identifier ces comorbidités psychologiques et servir de base pour des investigations approfondies 4.