Le jeûne et l'insuffisance rénale modérée
Les patients atteints d'insuffisance rénale modérée (stade 1-3, DFG >30 mL/min) peuvent jeûner de manière sécuritaire s'ils sont stables cliniquement, mais nécessitent une surveillance étroite et une évaluation des risques avant le jeûne. 1, 2
Évaluation du risque avant le jeûne
Les patients avec insuffisance rénale chronique doivent être stratifiés selon leur niveau de risque :
- Risque faible à modéré (IRC stade 1-3, DFG >30 mL/min, fonction stable) : Le jeûne peut être envisagé avec surveillance appropriée 1, 2
- Risque élevé à très élevé (IRC stade 4-5, DFG <30 mL/min, fonction instable) : Le jeûne doit être fortement déconseillé 1, 3
- L'évaluation doit être effectuée idéalement un mois avant le début du jeûne pour permettre les ajustements nécessaires 1
Données probantes sur la sécurité
Insuffisance rénale modérée stable
- Les patients avec IRC légère à modérée (stade 1-3) peuvent jeûner s'ils sont soigneusement surveillés et conseillés 2
- Le risque de développer une insuffisance rénale aiguë augmente significativement chez les patients avec une clairance de créatinine <60 mL/min/1,73 m² 3
- Une étude prospective a montré que 7 patients sur 60 avec IRC ont développé une insuffisance rénale aiguë pendant le jeûne du Ramadan, avec un risque plus élevé chez ceux ayant un DFG <60 mL/min 3
Transplantation rénale
- Les patients transplantés rénaux avec fonction stable depuis plus d'un an peuvent jeûner de manière sécuritaire 4, 2, 5
- Aucun changement significatif n'a été observé dans le poids corporel, la pression artérielle, les tests de fonction rénale ou les niveaux de cyclosporine chez 22 patients transplantés qui ont jeûné 4
- La prudence reste nécessaire pour ceux avec fonction rénale modérément à sévèrement altérée 4
Protocole de surveillance pendant le jeûne
Les patients autorisés à jeûner nécessitent :
- Surveillance hebdomadaire de la fonction rénale et des électrolytes pendant la période de jeûne 1
- Ajustements médicamenteux avec administration en deux doses : au coucher du soleil et avant l'aube 1, 4
- Éducation sur les règles de "jour de maladie" et instructions claires sur quand interrompre le jeûne 1
- Hydratation adéquate entre le coucher et le lever du soleil pour prévenir la déshydratation et l'hypoperfusion rénale 5
Contre-indications absolues au jeûne
Les patients suivants ne doivent pas jeûner :
- Hypertension artérielle sévère ou résistante 3
- Diabète nécessitant de l'insuline 3
- Insuffisance rénale aiguë ou maladie rénale active 3
- Lithiase urinaire récidivante 3
- Insuffisance rénale chronique terminale 3
- Patients sous hémodialyse ou dialyse péritonéale (bien que s'ils choisissent de jeûner, surveillance hebdomadaire stricte requise) 2
Mécanismes de risque
Le jeûne prolongé peut entraîner :
- Hypoperfusion rénale due à la restriction hydrique, pouvant causer des lésions tubulaires 5
- Déséquilibres électrolytiques chez les patients avec IRC 1
- Risque accru de formation de calculs rénaux par déshydratation (bien que les données soient controversées) 5
Considérations nutritionnelles
Pour les patients avec IRC qui ne jeûnent pas, les recommandations nutritionnelles standard s'appliquent :
- Apport énergétique de 35 kcal/kg/jour pour les moins de 60 ans et 30-35 kcal/kg/jour pour les 60 ans et plus 6
- Restriction protéique appropriée selon le stade de l'IRC pour ralentir la progression 6
Pièges courants à éviter
- Ne pas évaluer le risque avant le jeûne : Tous les patients avec IRC doivent subir une évaluation complète des risques 1
- Surveillance insuffisante : La fonction rénale peut se détériorer rapidement, nécessitant une surveillance hebdomadaire 1, 3
- Ignorer les signes d'alerte : Les patients doivent être instruits à interrompre immédiatement le jeûne en cas de symptômes (fatigue excessive, vertiges, oligurie) 1
- Ajustements médicamenteux inadéquats : Les médicaments doivent être redistribués en deux prises quotidiennes 1, 4