Une leucocyturie de 140 000 dans un contexte de sonde JJ colonisée représente une colonisation universelle, PAS une infection urinaire, sauf si des symptômes spécifiques sont présents.
Distinction fondamentale : colonisation versus infection
Chez les patients porteurs de sondes JJ chroniques, la bactériurie et la pyurie sont pratiquement universelles et ne constituent pas en elles-mêmes une indication de traitement antibiotique. 1, 2
- La présence de 140 000 leucocytes/µL dépasse largement le seuil diagnostique de pyurie (≥10 leucocytes/champ), mais cette leucocyturie isolée n'a qu'une très faible valeur prédictive positive pour une infection véritable chez les patients avec matériel en place 1, 3
- Les patients avec cathéters chroniques développent systématiquement une bactériurie et une pyurie dans les 4 jours suivant la pose, avec une flore polymicrobienne complexe de 2 à 5 organismes et un biofilm sur le cathéter 1, 4
- La pyurie seule, même massive, reflète une inflammation génitourinaire qui peut avoir de nombreuses causes non infectieuses 3
Critères diagnostiques d'une infection urinaire symptomatique avec sonde JJ
Le diagnostic d'infection urinaire nécessite OBLIGATOIREMENT la présence de symptômes spécifiques en plus de la pyurie : 1, 2
- Douleur de la fosse lombaire (angle costo-vertébral) — signe spécifique d'infection urinaire haute même sans fièvre 2
- Fièvre >38,3°C avec frissons ou instabilité hémodynamique 1
- Dysurie aiguë d'apparition récente 1, 3
- Hématurie macroscopique nouvelle 1, 3
- Signes de sepsis : hypotension, tachycardie, confusion 2
L'absence de fièvre n'exclut PAS l'infection urinaire chez les patients avec matériel en place, mais des symptômes localisés doivent être présents 1, 2
Algorithme décisionnel
Si le patient est ASYMPTOMATIQUE :
- NE PAS traiter par antibiotiques (recommandation forte, grade A-I) 1, 3
- NE PAS réaliser d'ECBU de dépistage chez les patients asymptomatiques 1
- La bactériurie asymptomatique avec pyurie survient chez 100% des patients avec cathéters chroniques et ne bénéficie d'aucun traitement 1, 5, 4
- Le traitement de la bactériurie asymptomatique augmente la résistance aux antibiotiques, expose aux effets indésirables et n'apporte aucun bénéfice clinique 1, 5, 6
Si le patient présente des SYMPTÔMES SPÉCIFIQUES :
- Confirmer la présence de symptômes urinaires aigus (douleur lombaire, fièvre, dysurie, hématurie macroscopique) 1, 2
- Changer la sonde JJ avant le prélèvement pour une évaluation plus précise 1, 7
- Réaliser un ECBU avec antibiogramme avant de débuter les antibiotiques 2, 3
- Débuter un traitement antibiotique empirique couvrant les pathogènes identifiés (ex : pipéracilline-tazobactam 4,5 g IV toutes les 6-8h ou ciprofloxacine 400 mg IV toutes les 12h + amoxicilline 1 g IV toutes les 6h) 2
- Durée minimale de traitement : 10-14 jours pour une pyélonéphrite avec matériel en place 2
- Surveiller les signes de bactériémie/sepsis (risque de 4-6% chez les patients avec cathéters et infection) 2
Pièges courants à éviter
Piège n°1 : Traiter la leucocyturie isolée sans symptômes spécifiques. Correction : La pyurie universelle chez les patients avec sondes JJ ne justifie jamais un traitement antibiotique en l'absence de symptômes 1, 5, 6
Piège n°2 : Considérer l'absence de fièvre comme excluant l'infection. Correction : La fièvre n'est pas obligatoire pour diagnostiquer une infection chez les patients avec matériel en place, mais des symptômes localisés (douleur lombaire) doivent être présents 1, 2
Piège n°3 : Interpréter l'urine trouble ou malodorante comme une infection. Correction : Ces observations seules ne doivent pas être interprétées comme des signes d'infection symptomatique 3, 7
Piège n°4 : Réaliser des ECBU de dépistage systématiques. Correction : Les analyses et cultures d'urine chez les patients asymptomatiques porteurs de prothèses doivent être évitées 1, 6
Conséquences du traitement inapproprié
- Augmentation de la résistance aux antibiotiques sans bénéfice clinique 1, 5, 6
- Exposition aux effets indésirables des antibiotiques (diarrhée à Clostridium difficile, toxicité rénale/hépatique, réactions allergiques) 1, 5
- Récidives avec organismes plus résistants après suppression temporaire de la bactériurie 1, 4
- Coûts de santé inutiles et anxiété du patient 2
Gestion de la sonde JJ colonisée
- La sonde colonisée représente un foyer infectieux persistant ; le retrait doit être effectué dès que médicalement possible 2
- Si le retrait n'est pas possible, la sonde doit être changée après traitement de l'infection aiguë 2
- Le changement de cathéter avant le prélèvement améliore la précision diagnostique en cas de suspicion d'infection symptomatique 1, 7