Diagnostic différentiel de la syncope
La syncope doit être différenciée en trois catégories principales : les syncopes réflexes (neuromédiées), les syncopes par hypotension orthostatique, et les syncopes cardiaques, tout en excluant les conditions non-syncopales qui imitent la perte de conscience. 1
Conditions non-syncopales à exclure d'abord
Avant de procéder à l'évaluation de la syncope, il faut éliminer les conditions qui ressemblent à la syncope mais qui n'en sont pas :
Troubles avec perte de conscience réelle (mais sans hypoperfusion cérébrale globale)
- Épilepsie - mouvements toniques-cloniques prolongés, confusion post-critique prolongée, morsure de langue latérale 1
- Troubles métaboliques - hypoglycémie, hypoxie, hyperventilation avec hypocapnie 1
- Intoxications - alcool, médicaments 1
- AIT vertébro-basilaire - symptômes neurologiques focaux associés 1
Troubles sans perte de conscience réelle
- Pseudo-syncope psychogène - yeux fermés pendant l'épisode, durée prolongée, mouvements non stéréotypés 1
- Cataplexie - déclenchée par émotions, conscience préservée 1
- Chutes et "drop attacks" - pas de perte de conscience 1
- AIT carotidien - déficits neurologiques focaux sans perte de conscience 1
Classification des vraies syncopes
1. Syncopes réflexes (neuromédiées)
Syncope vasovagale - la forme la plus fréquente 1
- Forme classique : déclenchée par stress émotionnel (peur, douleur, vue du sang), instrumentation médicale, ou stress orthostatique prolongé 1
- Prodromes typiques : nausées, sueurs, pâleur, vision trouble, sensation de chaleur 1
- Forme non-classique : sans déclencheur évident, diagnostic par exclusion des autres causes 1
Syncope situationnelle - déclenchée par des situations spécifiques 1
- Miction (post-mictionnelle) 1
- Défécation 1
- Toux, éternuement 1
- Stimulation gastro-intestinale (déglutition, douleur viscérale) 1
- Post-exercice 1
- Post-prandiale 1
- Autres : jouer d'instruments à vent, haltérophilie 1
Syncope du sinus carotidien 1
- Déclenchée par manipulation mécanique du sinus carotidien (rasage, col serré, rotation de la tête) 1
- Particulièrement fréquente chez les hommes âgés (jusqu'à 20% des syncopes chez les personnes âgées) 2
Névralgie glossopharyngée 1
2. Syncopes par hypotension orthostatique
Critère diagnostique : baisse de la pression artérielle systolique ≥20 mmHg ou baisse à <90 mmHg dans les 3 minutes après passage en position debout 1, 3
Insuffisance autonome primaire 1
- Insuffisance autonome pure 1
- Atrophie multisystémique 1
- Maladie de Parkinson avec insuffisance autonome 1
- Démence à corps de Lewy 1
Insuffisance autonome secondaire 1
Hypotension orthostatique médicamenteuse 1
Déplétion volémique 1
Hypotension post-exercice 1
Hypotension post-prandiale 1
3. Syncopes cardiaques (cardiovasculaires)
Arythmies comme cause primaire 1
Bradyarythmies :
- Dysfonction sinusale (bradycardie <40 bpm à l'éveil, pauses sinusales >3 secondes) 1
- Syndrome bradycardie-tachycardie 1
- Bloc auriculo-ventriculaire Mobitz II 1
- Bloc AV du 3ème degré (complet) 1
- Bloc de branche alternant gauche-droit 1
- Dysfonction de dispositif implanté (pacemaker, DAI) 1
Tachyarythmies :
- Tachycardie supraventriculaire paroxystique rapide 1
- Tachycardie ventriculaire 1
- Syndromes héréditaires : syndrome du QT long, syndrome de Brugada 1
- Arythmies pro-induites par médicaments 1
- Tachycardie ventriculaire polymorphe non soutenue avec QT long ou court 1
Cardiopathie structurelle ou maladie cardiopulmonaire 1
- Valvulopathie obstructive (sténose aortique sévère) 1
- Infarctus du myocarde aigu/ischémie 1
- Cardiomyopathie obstructive 1
- Myxome atrial 1
- Dissection aortique aiguë 1
- Maladie péricardique/tamponnade 1
- Embolie pulmonaire/hypertension pulmonaire 1
4. Syncopes cérébrovasculaires (rares)
Syndromes de vol vasculaire 1
- Vol sous-clavier 4
Pièges diagnostiques importants
Chez les personnes âgées : les causes sont souvent multiples et coexistent chez le même patient (hypotension orthostatique + arythmies + syncope réflexe) 2
Syncope pendant l'exercice : toujours suspecter une cause cardiaque (ischémie, arythmies induites par l'ischémie, cardiomyopathie obstructive) même si une vasodilatation réflexe exagérée est possible 1, 5
Syncope post-exercice : presque toujours due à une insuffisance autonome ou un mécanisme neuromédiée, typiquement chez les sujets sans cardiopathie 1
Mouvements myocloniques brefs : peuvent survenir dans 90% des syncopes vasovagales sévères (durée moyenne 12 secondes) et ne doivent pas être confondus avec l'épilepsie 1
Incontinence urinaire : peut survenir dans la syncope vasovagale et n'est pas spécifique de l'épilepsie 1