Traitement Médicamenteux de la Lombalgie Chronique
Traitement de Première Ligne
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) constituent le traitement de première intention pour la lombalgie chronique, avec une efficacité modérée démontrée pour le soulagement de la douleur et l'amélioration fonctionnelle. 1, 2
Recommandations Spécifiques pour les AINS
- L'ibuprofène ou le naproxène doivent être prescrits à la dose efficace la plus faible pour la durée la plus courte possible afin de minimiser les risques cardiovasculaires et gastro-intestinaux 3, 4
- Les inhibiteurs sélectifs de la COX-2 (célécoxib) présentent moins d'effets secondaires gastro-intestinaux que les AINS traditionnels et peuvent être préférés chez les patients à risque 5
- Avant de prescrire des AINS, évaluez systématiquement les facteurs de risque cardiovasculaires, gastro-intestinaux et rénaux du patient 3, 4
Précautions Essentielles avec les AINS
- Les AINS augmentent le risque d'événements thrombotiques cardiovasculaires (infarctus du myocarde, AVC), particulièrement avec une utilisation prolongée et à doses élevées 4
- Le risque d'ulcération, de saignement et de perforation gastro-intestinale existe à tout moment du traitement, même sans symptômes d'alerte 4
- Chez les patients à haut risque gastro-intestinal, co-administrez un inhibiteur de la pompe à protons 3
- Les patients âgés, fumeurs, consommateurs d'alcool, ou prenant des corticostéroïdes/anticoagulants présentent un risque accru de complications 4
Alternative de Première Ligne pour Patients à Risque
- L'acétaminophène (paracétamol) jusqu'à 4g/jour représente une option raisonnable pour les patients présentant des facteurs de risque cardiovasculaires, bien que son effet analgésique soit légèrement inférieur aux AINS 3, 6
- Le profil de sécurité de l'acétaminophène est plus favorable que celui des AINS, particulièrement chez les patients âgés ou avec comorbidités 3
Traitement de Deuxième Ligne
Les antidépresseurs tricycliques (amitriptyline 10-25 mg au coucher, titrés jusqu'à 75-150 mg) offrent un soulagement modéré de la douleur chronique lombaire et sont particulièrement utiles en cas de troubles du sommeil associés. 1, 5, 7
Options Antidépressives
- La duloxétine 30-60 mg/jour constitue une alternative efficace aux tricycliques, avec des améliorations modestes mais significatives de l'intensité douloureuse et de la fonction 5, 7
- La duloxétine est particulièrement indiquée si la douleur chronique s'accompagne de dépression 5
- Les antidépresseurs sans effet inhibiteur sur la recapture de la noradrénaline (paroxétine, trazodone) ne sont pas plus efficaces que le placebo 1
Effets Secondaires des Antidépresseurs
- Les tricycliques provoquent somnolence (7%), sécheresse buccale (9%), vertiges (7%) et constipation (4%) 1
- La duloxétine peut causer nausées, sécheresse buccale et élévation de la pression artérielle nécessitant une surveillance 7
Traitement Adjuvant pour Lombalgie avec Radiculopathie
Pour les patients présentant une sciatique ou une radiculopathie associée, la gabapentine titrée jusqu'à 1200-3600 mg/jour en doses fractionnées cible spécifiquement la composante neuropathique de la douleur. 5, 7
Utilisation de la Gabapentine
- La gabapentine montre des bénéfices modestes à court terme spécifiquement pour la douleur radiculaire 5, 7
- Ajustez la posologie en cas d'insuffisance rénale et surveillez la sédation, les vertiges et l'œdème périphérique 5, 7
- Les doses inférieures à 1200 mg/jour sont généralement sous-thérapeutiques pour la radiculopathie 7
Relaxants Musculaires : Utilisation Limitée
- Le cyclobenzaprine 5-10 mg au coucher peut être utilisé pour 1-2 semaines maximum lors d'exacerbations aiguës de douleur chronique 5, 7
- Les relaxants musculaires ne doivent jamais être utilisés au-delà de 2 semaines car aucune preuve ne soutient leur efficacité dans la douleur chronique 5, 7
- Les effets secondaires incluent sédation, risque de chutes et troubles cognitifs, particulièrement chez les personnes âgées 3, 5
Médicaments à Éviter Explicitement
- Les corticostéroïdes systémiques ne doivent pas être prescrits car ils n'ont montré aucune supériorité par rapport au placebo pour la lombalgie avec ou sans sciatique 5, 7
- Les benzodiazépines doivent être évitées entièrement en raison de leur inefficacité pour la radiculopathie et des risques substantiels d'abus, de dépendance et de tolérance 5, 7
- Les opioïdes ne doivent être réservés qu'en dernier recours après échec de toutes les autres options, compte tenu des preuves limitées d'effets modestes à court terme et des risques significatifs (nausées, constipation, somnolence, comportements aberrants) 5, 7, 8
Algorithme de Traitement Recommandé
Première étape : Débutez avec un AINS (ibuprofène, naproxène) à dose minimale efficace après évaluation des risques cardiovasculaires et gastro-intestinaux 1, 3, 2
Deuxième étape (si réponse insuffisante après 2-4 semaines) : Ajoutez un antidépresseur tricyclique (amitriptyline) ou duloxétine 5, 7
Troisième étape (si radiculopathie/sciatique présente) : Ajoutez gabapentine titrée jusqu'à dose thérapeutique (1200-3600 mg/jour) 5, 7
Réévaluation : Si aucune amélioration significative après 4-6 semaines de pharmacothérapie optimisée, envisagez une référence vers un spécialiste de la douleur ou de la colonne vertébrale 7
Surveillance et Réévaluation
- Réévaluez l'intensité de la douleur et le statut fonctionnel à 2-4 semaines en utilisant une échelle de 0 à 10 7
- Surveillez régulièrement la pression artérielle chez les patients sous AINS 4
- Vérifiez la fonction rénale avant d'escalader les doses de gabapentine 7
- Limitez la durée totale d'utilisation des AINS dans la mesure du possible, car les données sur les bénéfices et risques à long terme sont limitées 1
Pièges Courants à Éviter
- Ne prescrivez pas de relaxants musculaires pour une utilisation chronique au-delà de 2 semaines 5, 7
- N'utilisez pas de gabapentine à doses sous-thérapeutiques (<1200 mg/jour) pour la radiculopathie 7
- Ne négligez pas l'évaluation des facteurs de risque avant de prescrire des AINS, même pour une utilisation à court terme 3, 4
- N'oubliez pas que les essais cliniques n'ont pas été conçus pour évaluer les risques d'événements indésirables graves mais rares (cardiovasculaires, gastro-intestinaux) 1, 4