Quand doit-on suspecter un lupus ?
On doit suspecter un lupus érythémateux systémique (LES) chez tout patient présentant des manifestations auto-immunes multisystémiques, particulièrement en présence de thromboses récurrentes, de fausses couches à répétition, de cytopénies inexpliquées, ou d'anticorps antinucléaires positifs. 1
Contextes cliniques spécifiques nécessitant une suspicion de lupus
Manifestations thrombotiques et obstétricales
Thromboses récurrentes (veineuses ou artérielles) doivent faire suspecter un LES, surtout si associées à des anticorps antiphospholipides, car le risque de thrombose est multiplié par 9,6 chez les patients lupiques comparé aux autres maladies auto-immunes. 2
Fausses couches spontanées à répétition constituent un signal d'alarme majeur, avec une prévalence de l'anticoagulant lupique atteignant 48% chez les femmes ayant des avortements spontanés récurrents inexpliqués. 3
La présence d'un anticoagulant lupique doit systématiquement faire rechercher un LES, particulièrement chez les patients présentant des thromboses ou des pertes fœtales, car 31% des patients avec anticoagulant lupique souffrent de LES. 4
Manifestations hématologiques et immunologiques
Cytopénies auto-immunes (thrombopénie immune, anémie hémolytique avec test de Coombs direct positif) sont significativement plus fréquentes chez les patients lupiques avec anticoagulant lupique. 4
La présence d'anticorps antinucléaires (ANA) positifs nécessite une investigation approfondie avec un panel complet d'auto-anticorps spécifiques, car se fier uniquement aux ANA sans tests spécifiques peut conduire à des erreurs diagnostiques. 1
Antécédents familiaux et personnels
Histoire familiale de lupus ou d'autres maladies auto-immunes augmente significativement la probabilité pré-test et justifie un dépistage précoce. 1
Patients avec antécédents personnels de maladies auto-immunes présentent un risque accru de développer un LES et nécessitent une surveillance clinique et biologique régulière. 2
Algorithme diagnostique initial
Première étape : Dépistage par ANA
Le test ANA doit être le premier test de dépistage en raison de sa haute sensibilité pour exclure le diagnostic de LES. 1
Un ANA négatif rend le diagnostic de LES très improbable et permet d'éviter des investigations inutiles. 1
Deuxième étape : Panel d'auto-anticorps spécifiques (si ANA positif)
Panel complet d'auto-anticorps incluant anti-ADN double brin, anti-Sm, anti-Ro/SSA, anti-La/SSB, anti-RNP, et anticorps antiphospholipides doit être réalisé. 1
Les anticorps anti-ADN double brin et anti-Sm sont hautement spécifiques du LES et leur présence confirme fortement le diagnostic. 1
Une stratégie de double dépistage pour les anti-ADN est recommandée : test en phase solide suivi d'une confirmation par immunofluorescence sur Crithidia luciliae pour une spécificité maximale. 1
Troisième étape : Évaluation du complément et bilan complet
Dosage du complément (C3, C4) doit être effectué systématiquement dans l'évaluation diagnostique initiale. 1
Numération formule sanguine complète pour rechercher des cytopénies. 1
Marqueurs inflammatoires (VS et CRP) doivent être mesurés. 1
Évaluation de la fonction rénale incluant créatinine sérique, analyse d'urine, et rapport protéines/créatinine urinaire. 1
Dépistage des anticorps antiphospholipides : Pièges critiques à éviter
Confirmation obligatoire à 12 semaines
Ne jamais diagnostiquer un syndrome des antiphospholipides sur un seul test positif - la confirmation après au moins 12 semaines est obligatoire car les positivités transitoires et les faux positifs sont fréquents. 5, 6
Le triple dépistage (anticoagulant lupique, anticardiolipine IgG/IgM, anti-β2-glycoprotéine I IgG/IgM) doit être effectué car les patients triple-positifs présentent le risque thrombotique le plus élevé. 5, 7
Interprétation des tests d'anticoagulant lupique
L'anticoagulant lupique isolé présente un risque thrombotique plus faible que la triple positivité, mais reste un marqueur important nécessitant une confirmation. 5
Les tests doivent être effectués en dehors de tout traitement anticoagulant car les anticoagulants interfèrent avec les dosages de l'anticoagulant lupique. 6
Évaluation spécifique selon les organes atteints
Les patients avec analyse d'urine anormale ou créatinine élevée nécessitent une évaluation rénale approfondie incluant rapport protéines/créatinine urinaire, microscopie urinaire, et échographie rénale. 1
Une évaluation cognitive doit être réalisée chez les patients lupiques, recherchant des difficultés d'attention, de concentration, de recherche de mots et de mémoire. 1
Un examen ophtalmologique de base est recommandé, particulièrement pour les patients qui recevront des glucocorticoïdes ou des antipaludéens. 1