Traitement de la douleur lombaire associée aux fractures vertébrales chez un patient âgé avec IRC sévère (DFGe 20)
L'acétaminophène (paracétamol) à dose maximale de 3 g/jour constitue le traitement analgésique de première ligne pour ce patient, car il ne nécessite aucun ajustement posologique avec un DFGe de 20 mL/min et présente le profil de sécurité le plus favorable chez les personnes âgées avec insuffisance rénale sévère.
Approche analgésique par paliers
Première ligne : Acétaminophène
- Dose recommandée : 500-650 mg toutes les 6-8 heures, maximum 3 g/jour (réduction de la dose habituelle de 4 g/jour par prudence chez les personnes âgées avec IRC) 1
- Aucun ajustement rénal spécifique n'est requis, mais la dose maximale quotidienne doit être réduite pour minimiser le risque d'hépatotoxicité dans le contexte de comorbidités multiples 2
- Surveillance hépatique périodique recommandée si utilisation prolongée 1
Deuxième ligne : Tramadol (si l'acétaminophène est insuffisant)
- Ajustement posologique obligatoire : Avec un DFGe <30 mL/min, l'intervalle de dosage doit être augmenté à toutes les 12 heures avec une dose maximale de 200 mg/jour (au lieu de 400 mg/jour) 3
- Commencer à 25-50 mg toutes les 12 heures et titrer prudemment 3
- Avantage : Métabolisme partiellement hépatique, donc plus sécuritaire que les AINS dans l'IRC 3
- Surveillance : Risque accru de confusion, constipation et syndrome sérotoninergique chez les personnes âgées 1
- Seulement 7% est éliminé par hémodialyse, donc pas d'ajustement supplémentaire nécessaire si dialyse 3
Troisième ligne : Opioïdes plus puissants (réservés aux douleurs réfractaires)
- Hydromorphone : Préféré aux autres opioïdes dans l'IRC sévère 4
- Ajustement posologique : Commencer à un quart à la moitié de la dose habituelle (0,5-1 mg toutes les 6-8 heures) en raison du DFGe de 20 mL/min 4
- Titration très graduelle sous surveillance étroite de la dépression respiratoire, particulièrement dans les premières 24-72 heures 4
- Éviter : Morphine et codéine (accumulation de métabolites neurotoxiques avec DFGe <30) 1
Médicaments formellement contre-indiqués
AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens)
- Contre-indication absolue avec DFGe de 20 mL/min : risque d'insuffisance rénale aiguë, d'hyperkaliémie, de rétention hydrosodée et de saignement gastro-intestinal 1, 2
- Ceci inclut l'ibuprofène, le naproxène, le diclofénac et les inhibiteurs COX-2 1
- 9,25% des médicaments prescrits aux personnes âgées avec IRC avancée sont contre-indiqués, les AINS figurant parmi les plus fréquents 1
Autres médicaments à éviter
- Inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) : Bien que souvent prescrits (nécessitant réévaluation fréquente), ils augmentent le risque de néphrite interstitielle et de fractures chez les personnes âgées 1
- Benzodiazépines à longue durée d'action : Risque accru de chutes et de fractures supplémentaires 1
- Anticholinergiques (comme l'hydroxyzine) : Augmentent le risque de confusion et de chutes 1
Traitements adjuvants non pharmacologiques
Mesures de soutien
- Orthèse lombaire pour stabilisation vertébrale pendant la phase aiguë
- Physiothérapie douce une fois la douleur aiguë contrôlée
- Optimisation du traitement de l'ostéoporose (calcium, vitamine D, considérer les bisphosphonates avec ajustement posologique)
Considérations spécifiques à l'IRC
- Surveillance rénale : Vérifier le DFGe et la créatinine tous les 3-6 mois, car 77% des patients âgés avec IRC avancée reçoivent au moins un médicament nécessitant un ajustement rénal 1
- Révision médicamenteuse complète : 57,6% des patients âgés avec IRC avancée prennent au moins un médicament potentiellement inapproprié 1
- Le patient présente un DFGe de 20 mL/min, le plaçant dans la catégorie de risque très élevé nécessitant une surveillance intensive 5
Pièges à éviter
- Ne jamais prescrire d'AINS même pour une courte durée avec ce niveau de fonction rénale 1, 2
- Ne pas utiliser les doses standard de tramadol ou d'opioïdes sans ajustement rénal approprié 3, 4
- Ne pas négliger le risque de polypharmacie : ce patient a probablement déjà 9 médicaments quotidiens (médiane pour cette population) 1
- Ne pas oublier que 38% des cas d'IRC modérée à sévère ne sont pas reconnus par les médecins, menant à des prescriptions inappropriées 2
- Éviter l'initiation précoce de dialyse pour des symptômes non spécifiques : chez les personnes âgées avec comorbidités élevées, la dialyse n'offre pas nécessairement de bénéfice de survie 6