Impact des infections urinaires sur les analyses d'urine de 24 heures chez les patients porteurs de sonde JJ
Oui, une infection urinaire peut altérer significativement les résultats des analyses d'urine de 24 heures chez un patient porteur de sonde JJ, principalement en raison de la colonisation bactérienne quasi-systématique de ces dispositifs et de l'inflammation associée.
Colonisation bactérienne des sondes JJ
La colonisation bactérienne des sondes JJ est extrêmement fréquente et constitue un facteur confondant majeur pour l'interprétation des analyses urinaires :
- 42% des sondes JJ sont colonisées par des bactéries, même en l'absence de symptômes cliniques d'infection 1
- La colonisation atteint 34% au niveau de l'extrémité distale (vésicale) et 31% au niveau de l'extrémité proximale (rénale) de la sonde 2
- Dans 60% des cas de colonisation de sonde, la culture d'urine reste stérile, ce qui démontre que la présence de bactéries sur le dispositif ne se reflète pas toujours dans l'urine 1
Paramètres altérés dans les analyses de 24 heures
Paramètres inflammatoires et cellulaires
L'infection ou la colonisation modifie plusieurs composants mesurés dans les urines de 24 heures :
- Les leucocytes et la leucocyte estérase sont présents en quantité augmentée, avec une sensibilité de 88% pour détecter une infection urinaire lorsque l'un ou l'autre est positif 3
- Les globules blancs urinaires montrent une spécificité de 100% mais une sensibilité de seulement 62,7% pour l'infection 3
- Les nitrites ont une spécificité de 98% pour l'infection urinaire, bien que la sensibilité ne soit que de 49% 3
Protéinurie et autres marqueurs
La présence d'une infection ou d'une inflammation liée à la sonde JJ peut artificiellement augmenter :
- La protéinurie (par inflammation de l'épithélium urothélial)
- Les cylindres leucocytaires
- Les débris cellulaires
Facteurs aggravants la colonisation
Certaines conditions augmentent significativement le risque d'infection vraie (et non simple colonisation) :
- Le diabète sucré (p < 0.01) augmente le risque d'infection urinaire symptomatique 2
- L'insuffisance rénale chronique (p < 0.001) est un facteur de risque majeur 2
- La durée de maintien de la sonde : le taux de bactériurie passe de 4,2% pour les sondes retirées avant 30 jours à 34% après 90 jours (p < 0.001) 4
- Le sexe féminin présente un taux de colonisation de 64,3% versus 34,7% chez les hommes 4
Distinction entre colonisation et infection vraie
Il est crucial de différencier la simple colonisation (qui n'altère que modérément les analyses) de l'infection vraie (qui les altère massivement) :
Signes d'infection vraie nécessitant une intervention urgente
- Fièvre ≥ 38,3°C associée à une douleur de la fosse lombaire 3
- Leucocytose > 14 000 cellules/mm³ (rapport de vraisemblance de 3,7 pour une infection bactérienne documentée) 3
- Signes de sepsis : hypotension, tachycardie 3
Colonisation asymptomatique
- Ne doit pas être traitée par antibiotiques selon l'American College of Radiology, car elle reflète la colonisation du dispositif plutôt qu'une vraie infection 5
- N'affecte pas l'interprétation des examens d'imagerie comme le PET-scan selon l'American College of Nuclear Medicine 5
Recommandations pratiques pour l'interprétation des analyses
Avant de réaliser l'analyse de 24 heures
Idéalement, il faut obtenir une culture d'urine 24 à 48 heures avant le recueil pour identifier une colonisation ou infection et adapter la conduite 6 :
- Si culture positive avec symptômes : traiter l'infection avant l'analyse
- Si culture positive sans symptômes : considérer comme colonisation, mais interpréter les résultats avec prudence
- Si culture négative : les résultats seront plus fiables, mais n'excluent pas une colonisation de la sonde 1
Pendant l'analyse
- Éviter de réaliser l'analyse en période d'infection symptomatique active, car les résultats seraient fortement biaisés par l'inflammation
- Si l'analyse ne peut être différée, documenter clairement la présence d'une infection/colonisation dans l'interprétation
Paramètres les plus affectés à interpréter avec prudence
- Protéinurie (peut être surestimée)
- Leucocytes et marqueurs inflammatoires (toujours élevés)
- pH urinaire (peut être modifié par les bactéries productrices d'uréase)
- Cristallurie (peut être masquée ou modifiée)
Pièges à éviter
- Ne pas confondre colonisation asymptomatique et infection vraie : seule l'infection vraie nécessite un traitement antibiotique 5
- Ne pas se fier uniquement à la culture d'urine pour exclure une colonisation de sonde, car 60% des sondes colonisées ont une culture d'urine stérile 1
- Ne pas ignorer les facteurs de risque (diabète, insuffisance rénale, durée de sondage > 30 jours) qui augmentent la probabilité d'infection vraie 2, 4
- Ne pas réaliser d'analyses métaboliques urinaires de 24 heures pendant une infection active, car les résultats seraient inexploitables
Stratégie de minimisation du risque
Pour obtenir des résultats fiables :
- Remplacer la sonde JJ tous les 3 mois ou plus fréquemment chez les patients à haut risque 7, 5
- Réévaluer périodiquement la nécessité du dispositif et le retirer dès que cliniquement possible 7
- Planifier l'analyse de 24 heures à distance de tout épisode infectieux (au moins 1 semaine après résolution complète)
- Documenter systématiquement la présence de la sonde JJ et tout antécédent récent d'infection dans le compte-rendu d'analyse