Seuils de transfusion sanguine pour hémoglobine basse
Pour la plupart des adultes hospitalisés hémodynamiquement stables, la transfusion de globules rouges doit être envisagée lorsque l'hémoglobine tombe en dessous de 7 g/dL, avec un seuil légèrement plus élevé de 8 g/dL pour les patients atteints de maladie cardiovasculaire. 1, 2
Seuils de transfusion selon la population
Patients adultes stables sans maladie cardiovasculaire
- Transfuser à Hb < 7 g/dL : Ce seuil restrictif est soutenu par des preuves de haute qualité provenant de multiples essais randomisés 1, 2
- Ne pas transfuser à Hb > 10 g/dL : Les stratégies libérales n'apportent aucun bénéfice et augmentent les complications 1, 3
- Hb < 6 g/dL : La transfusion est presque toujours indiquée, particulièrement en cas d'anémie aiguë 1, 3, 4
Patients avec maladie cardiovasculaire
- Transfuser à Hb ≤ 8 g/dL pour les patients atteints de coronaropathie, insuffisance cardiaque, ou maladie vasculaire périphérique 1
- Les lignes directrices de l'Association of Anaesthetists (2025) recommandent ce seuil plus élevé en raison de la tolérance réduite à l'anémie 1
- Pour les patients en chirurgie cardiaque, un seuil de 7,5 g/dL peut être approprié 2
Patients avec syndrome coronarien aigu
- Transfuser à Hb < 10 g/dL : L'essai MINT (2025), le plus grand essai dans cette population, favorise une stratégie libérale avec un seuil de 10 g/dL 1
- Cette recommandation diffère des autres populations et reflète des preuves récentes spécifiques à l'infarctus du myocarde 1
Patients avec lésion cérébrale traumatique
- Transfuser à Hb < 9 g/dL : L'essai TRAIN (2025) a démontré de meilleurs résultats neurologiques à 6 mois avec une stratégie libérale (seuil < 9 g/dL) comparée à une stratégie restrictive (< 7 g/dL) 1
- Une stratégie libérale était associée à de meilleurs scores de fonction motrice et de qualité de vie 1
Patients en chirurgie orthopédique
- Transfuser à Hb < 8 g/dL selon les lignes directrices AABB 2023 2
Évaluation clinique au-delà du taux d'hémoglobine
Ne jamais utiliser l'hémoglobine seule comme déclencheur de transfusion. 3, 4, 5 L'évaluation doit inclure :
Signes d'instabilité hémodynamique (transfuser immédiatement)
- Hypotension symptomatique persistante malgré la réanimation liquidienne 3, 4, 5
- Tachycardie > 110 bpm non réactive aux fluides 3, 5
- Signes de choc hémorragique ou d'hémorragie active 3, 4, 5
Signes d'apport insuffisant en oxygène
- Douleur thoracique ou modifications du segment ST à l'ECG 1, 3, 5
- Altération de l'état mental ou confusion 3, 5
- Dyspnée sévère ou tachypnée 3, 5
- Élévation du lactate ou acidose métabolique 1, 3
- Saturation veineuse centrale en oxygène basse 1, 3
- Oligurie ou diminution du débit urinaire 1, 5
Facteurs contextuels
- Acuité de l'anémie (aiguë vs chronique) : l'anémie aiguë est moins bien tolérée 3, 4, 6
- Présence de saignement actif ou continu 1, 3, 4
- Statut volémique intravasculaire 3, 4, 5
- Réserve cardiopulmonaire du patient 3, 4, 5
Protocole d'administration de la transfusion
Transfuser une unité de globules rouges à la fois, puis réévaluer. 1, 3, 4, 5, 2
- Mesurer l'hémoglobine avant et après chaque unité transfusée 1
- Effectuer une évaluation clinique après chaque unité 1
- Une unité augmente généralement l'hémoglobine de 1 à 1,5 g/dL 3, 4
- Exception : en cas d'hémorragie active, guider la transfusion par la réponse hémodynamique plutôt que par des unités individuelles 1
Risques des stratégies libérales de transfusion
Éviter les stratégies libérales visant Hb > 10 g/dL car elles augmentent les complications sans améliorer les résultats : 1, 3, 4, 5
- Lésion pulmonaire aiguë liée à la transfusion (TRALI) - cause principale de morbidité et mortalité liées à la transfusion 3, 4, 5
- Surcharge circulatoire associée à la transfusion (TACO) 3, 4, 5
- Infections nosocomiales accrues 1, 3, 5
- Défaillance multiviscérale 1, 3, 5
- Immunosuppression 3, 4
- Syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) 5
Les risques infectieux incluent : VIH (1:1 467 000), VHC (1:1 149 000), VHB (1:282 000-357 000) 3, 4
Pièges courants à éviter
- Ne pas se fier uniquement au taux d'hémoglobine : Intégrer le statut volémique, la stabilité hémodynamique, l'adéquation de l'apport en oxygène et la durée de l'anémie 3, 4, 5
- Ne pas transfuser automatiquement "2 unités" : Cette pratique historique est obsolète et potentiellement dangereuse 3
- Ne pas retarder l'endoscopie pour corriger une coagulopathie légère à modérée (INR 1,3-2,7) chez les patients avec hémorragie digestive haute 1
- Ne pas ignorer les causes sous-jacentes : Traiter les carences nutritionnelles, les saignements occultes ou les maladies chroniques plutôt que de recourir systématiquement à la transfusion 5
Situations particulières
Hémorragie digestive haute non variqueuse
- Les seuils d'hémoglobine de 6 à 10 g/dL peuvent justifier une transfusion chez les patients atteints de maladie cardiaque sous-jacente 1
- L'instabilité hémodynamique, les mesures inexactes de l'hémoglobine ou la présence de saignements continus ou récurrents peuvent nécessiter un seuil plus élevé 1
- Des taux d'hémoglobine < 8,2 g/dL prédisent des taux élevés de troponine I cardiaque 1
Patients en soins intensifs
- Pour les patients gravement malades sous ventilation mécanique, transfuser à Hb < 7 g/dL 3, 4, 5
- Pour les patients traumatisés réanimés, transfuser à Hb < 7 g/dL 3, 4, 5
- Les patients septiques ne bénéficient pas clairement de stratégies libérales ; les seuils optimaux sont inconnus 3, 4
Patients refusant la transfusion (témoins de Jéhovah)
- La seule situation cliniquement reconnue où la transfusion est retenue à Hb ≈ 4,8 g/dL est le refus documenté du patient pour des raisons religieuses 3
- Maximiser les thérapies alternatives : fer intraveineux, agents stimulant l'érythropoïèse, oxygène supplémentaire, stratégies pour minimiser les pertes sanguines 3